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huster vu par huster (dvd 1 - le grand patron)


Francis Huster : Moi j'étais comique dans la classe de René Simon. Et c'est René Simon qui a dit "Ça suffit de lui faire jouer des rôles de comiques. Il sera jeune premier romantique du Français." Tout le monde pissait de rire dans la classe, j'avais rien à voir avec ça, moi je passais que des trucs à... C'était Jerry Lewis moi, mon idole, bon. C'était pas Laurent Ollivier. Et puis c'est après, en m'éduquant, que René Simon comme François Florent, m'a forcé à travailler de la tragédie. Et à cet époque là, si on était pas dans l'emploi, on avait pas le droit de travailler. D'ailleurs on disait "Maintenant tu vas me passer une scène de contre-emploi." C'est hallucinant ! Et qu'est-ce qui s'est passé maintenant ? C'est que toute cette période Jouvet est terminée. C'est l'être humain qui compte et on s'aperçoit que quelqu'un de petit, de moche, de gros, de laid a une âme et peut ressentir exactement la même chose qu'un beau jeune premier. Et à l'inverse ! un beau jeune premier peut être un infâme salaud, une ordure, un connard... et ben voilà. Ça a révolutionné. Et donc ça a révolutionné notre jeu à nous parce que les acteurs c'est un peu comme la savonnette. Les personnages ont disparu et les gens veulent voir l'âme humaine. Par exemple, on tourne en haute définition nous. En haute définition, on est obligé de minimaliser tout. tout passe dans l'oeil. Mais c'est incroyable ! L'oeil regarde là, l'oeil se baisse, c'est foutu. J'vous donne une exemple, si vous me prenez en très gros plan comme ça, la télévision, 80 % du film est pris en très gros plan. Vous êtes en très gros plan, si vous jouez, alors par exemple je joue là : "Et vous avez déposé la voiture à quelle heure ? Parce que sur le rapport de police, attendez ce que je lis là, c'est pas vrai. Vous êtes venu à six heure !" Bon très bien, mais ça n'a aucun intérêt. Dès l'instant où on est comme ça, en haute définition et que le moindre sentiment passe dans l'oeil, à ce moment là, on parle avec une voix vraiment normale et pas une voix pour le micro. Et puis on dit "A quelle heure vous êtes venu là ?" On regarde comme ça, un tout petit peu, en essayant de voir si l'autre va mentir ou pas, on baisse le regard... on se dit en baissant le regard "Qu'est-ce que je fais ? On joue l'imbécile ?" On fait "C'est pas, c'est pas... 14 heures, pas 14 heures." Et on est dans un jeu moderne, un jeu vrai.

Le métier de comédien c'est un métier dans lequel tu dois faire abstraction de tout ce qui peux te casser ou, au contraire, de donner de la pêche dans ta vie privée. Par exemple, ton père meurt ou ta mère meurt, tu dois jouer le soir au théâtre. Tu vas pas dire "Ah j'suis désolé, c'est une catastrophe, j'arrêtes." Hein? Show must go on. Et tu... au contraire, t'as aussi des moments où dans ta vie, t'es tellement heureux et puis le soir tu joues Hamlet de Shakespeare ou Lorenzaccio. Donc c'est un métier où tu dois avoir la capacité immédiate de t'enfuir de toi même.

Et si tu veux, mes parents n’étaient pas du tout dans ce métier, et j'étais très timide. J'avais des petites lunettes, maintenant j'ai des verres de contact mais j'avais des petites lunettes à l'époque et j'étais au premier rang de la classe, j'étais chef de classe, j'adorais ça, tout la littérature française et tout, j'étais super... bon. Ça j'adorais et j'étais très timide, j'osais pas. J'avais un père qu'était très stricte en plus, mon frère, très Front Populaire, très engagé, maman qui travaillait dans son atelier de couture aussi, notre grand-père était mort à Auschwitz et tout, enfin tu vois une famille très, comme ça... volontaire. Mon frère qui faisait de la musique avec Dutronc, qui écrivait, ma petite soeur qui elle était déjà dans tous les trucs sociaux pour se battre et tout. Et pus quand François Florent qui avait donc 25 ans, m'a donné ses cours, je me suis dis que c'était un autre monde. Et y avait tellement de drames dans ma famille, que je me suis dis "Ce sera peut-être la dedans que je trouverai mon bonheur." Et à 15 ans, quand tu te mûris de rôles qu'en ont 10 ou 15 de plus que toi, parce que Florent me distribuait dans des rôles majeurs, je me trouvais tellement proche de ce que disait des héros qu'avaient 10 ans de plus que moi que j'ai dis "Mais j'veux pas parti de cet univers là." Donc j'y étais. Et ensuite ça a été mais un concours de circonstances absolument hallucinantes. Tout s'est enchaîné avec des concours, des récompenses, des trucs absolument hallucinant ! Et j'étais reçu au Conservatoire tout de suite, à 16 ans et demi, j'étais reçu 1er du concours avec, donc dans la classe de René Simon, et là j'ai eu le coup de foudre pour un... pour un génie, pour un homme cassé de la guerre 14-18, la mâchoire complètement écrabouillée et ____ dans son hôpital à force de gueule cassé, de la diction et devenu comédien dans les années 20. Et cet homme là, René Simon, j'ai été magnifié par lui, Florent l'avait été aussi et entre François Florent et René Simon, et après coup de chance extraordinaire, j'suis tombé sur Antoine Vitez, sur Pierre Dux, sur Jean-Louis Barrault, sur Jean-Paul Roussillon, sur Laurent Cochet, et pis des metteurs en scène étrangers qui sont venus. Et j'ai eu l'impression que c'était comme des jardiniers quoi et tout ça m'a complètement enthousiasmé.

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