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| 2002 - interview du dvd crime et châtiment |
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Francis Huster : Raskolnikov fait parti des personnages de théâtre qui collent à la peau, c'est-à-dire qu'on peut pas jouer Raskolnikov sans, soi-même, faire son parcours, c'est-à-dire, se poser toutes les questions que se pose le personnage. Et c'est de l'intérieur de son âme qu'on essaye de sortir des bouffées d'humanité, des bouffées de violences, des bouffées de colère. En fait, les très grands héros de la littérature, littérature sur papier ou littérature dramatique, en chair et en os, sont des héros qui sont plus vrais que la vérité, qui vont jusqu'au bout d'une vie. Nous, on a pas la possibilité, sauf quelques élus, de faire notre parcours dans la totalité. Et, j'ai eu la chance d'interpréter ce qu'on peut appeler les "princes du théâtre", c'est-à-dire, ceux qui vont de l'autre côté de la vie justement, qui vont voir du côté de la mort, ce qui se passe vraiment. Et ces cinq prince du Théâtre, Cyrano, Lorenzaccio, Richard III, Hamlet et maintenant Raskolnikov, c'est un peu la voie royale, permettent de mieux comprendre pourquoi on est sur Terre. Et ce qu'il a de beau avec Raskolnikov, c'est que contrairement aux quatre autres qui sont foudroyés dans leur ascension ou dans leur chemin de croix, lui, il va jusqu'au bout de la rédemption. C'est-à-dire que... ça s'appelle Crime "et" Châtiment, et il accepte de lui-même son châtiment. C'est-à-dire, il commence par se donner le droit de tuer, le pire des monstres, pour rien en plus ! C'est du fascisme, c'est la pire essence humaine de considérer qu'il y a des êtres inférieurs, et il tue. Et ce qu'il y a d'extraordinaire, ce qu'a voulu Dostoïevski, c'est montrer que le pire des assassins, celui sans mobile à la fin du compte, il le dit lui-même : "c'est pour voler, non c'est pas pour voler, non j'avais pas tellement faim, non, oui, je voulais aider ma mère... oui je voulais...", et en fait, il a tué parce qu'il choisissait de tuer ce qu'il appelle "les êtres inutiles". Alors, on a toute la projection sur toutes les dictatures du monde et tout les fascistes du monde. C'est pour ça que c'est une pièce chrétienne, parce qu'elle appelle la lumière. Tu dois, d'abord, comprendre ta faute, comprendre tes motivations puis faire ton chemin de croix. Et Dostoïevski a eu le coup de génie dans l'histoire, vraiment, de la littérature de nous offrir une construction... policière, où dès le départ on connait l'assassin. On connait l'assassin, c'est Raskolnikov et un flic... à la Colombo ! D'ailleurs les américains ont pensé à Porphyre pour faire Colombo, il le dit lui-même, c'est un ___ de province qui vient là, à Saint-Pétersbourg où y a le fric, où y a tout, c'est extraordinaire et cet espèce de flic, qui est le vrai héro de Crime et Châtiment, le vrai héro ! C'est à la fois Porphyre et Raskolnikov, l'un ne va pas sans l'autre, et l'un pense comme l'autre mais l'un n'agit pas et l'autre se donne le droit d'agir. Et, ce qu'il y a d'extraordinaire c'est que dès le départ on connait l'assassin et que toute l'oeuvre est construite "comment le flic va pouvoir découvrir la vérité, accuser". Le coup de génie de Dostoïevski c'est que ce n'est pas le flic qui arrête Raskolnikov, c'est lui-même qui s'arrête. C'est lui-même qui se condamne par Dieu. C'est-à-dire que tout d'un coup, il a compris qu'on n'a pas le droit de tuer. Il y a trente ans,... trente ans ! C'est beaucoup. A la sortie du Conservatoire, je devais jouer ce rôle, Raskolnikov, dans al mise en scène de Robert et Pierre Dux m'a engagé à la Comédie-Française et c'est donc Jacques Weber qui a interprété, avec Louis Seigner "crime et Châtiment", à Reims. Robert venait d'abandonner sa position de superstar au cinéma et quand il a monté ce "Crime et Châtiment" à Reims, au début de la compagnie Robert Hossein, Jacques et Louis triomphaient, c'était un très gros succès, et puis ça a été le début de l'épopée Robert, quand il l'a monté, il l'a pas monté comme cette version là. Et au fond, c'est un peu le destin, et moi j'avais énormément le trac de succéder à Jacques comme Jacques Boudet de succéder à Louis Seigner, d'être encore avec le même metteur en scène. Et en fait, je crois que Robert a changé. C'est-à-dire qu'il était un jeune homme et il voulait, dans Crime et Châtiment, au départ, et il en a fait à cette époque là, un spectacle Hosseinien, et là, il a voulu, avoir une sorte de feu intérieur, de sobriété, tout est net, tout est... ça brûle quoi, disons que l'autre version était une version qui avait du souffle, qui avait une espèce de fantasme, de rêve scénique absolument flamboyant, et là, ça demande vraiment une voie un peu plus chrétienne. Justement, plus rude, plus sobre, plus âpre. Alors pour nous les acteurs, c'est merveilleux. |