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26 avril 2005 - c'est pas dramatique (france inter) - page 1/3


José Artur : Les Mémoires d'un Tricheur, c'est Francis Huster mais avant c'est quand même Sacha Guitry…

Francis Huster : Ça commence bien : Ah bah oui !

José Artur : Quand même. En plus ce qui est merveilleux c'est que vous êtes pas le premier, parce que vous êtes trop jeune pour ça, mais j'commence souvent, quand on parle de Guitry joué par les autres, par un coup de chapeau à Robert Lamoureux parce que c'est le premier qui a vraiment considéré Guitry comme un auteur à part entière, puisqu'il y avait la fameuse légende : « Guitry, Ohlala ! Quand il ne sera plus là pour jouer, Guitry, on en parlera plus. » Et on serait passé à côté d'un immense auteur et ensuite il y en a eu beaucoup d'autres. Mais il est vrai que jouer Guitry, le seul problème c'est de… il a une telle personnalité, qu'on aurait tendance à vouloir… même pas à vouloir l'imiter mais se retrouver n train de reprendre sa voix. Donc c'est ça l'écueil du début, non ?

Francis Huster : Oui, c'est-à-dire que le problème, Sacha Guitry était malade à la fin de sa vie. Il avait été très marqué par toutes les saloperies qu'on lui avait faites d'un façon totalement scandaleuse et injuste, à la guerre, à la libération.

José Artur : Complètement injuste, on peut dire, en autre, que le buste d'Hitler n'était pas dans le hall de La Madeleine , c'est le buste de son père, Lucien Guitry.

Francis Huster : Oui et qu'il avait refusé en plus, entre les deux guerres, d'être joué en Allemagne, et puis que tout ses amis était juifs.

José Artur : Et qu'il avait libéré Colin, fait libéré Tristan Bernard, qu'il avait réussit à laisser le nom de Sarah Bernhardt sur le théâtre. Les gens étaient vraiment immondes.

Francis Huster : Oui, immondes ! Donc il avait été marqué par ça et donc il tenait avant tout à achever son parcours de théâtre par « Debureau » qui était sa pièce préférée et Jean Danais jouait et sur scène et à l'écran, Armand Duval qui apparaît à un court moment avec la Dame aux Camélias, au milieu de la pièce et Jean Danais m'a raconté que lors de la dernière représentation de Sacha, à Bruxelles, de « Debureau » donc, il était dans la loge du Maître et Sacha lui a dit : « Mon cher Danais, et bien voyez vous, après ma mort, mes pièces ne seront plus jamais jouées. » Il en était persuadé.

José Artur : On lui avait tellement dit ! Et peut-être qu'en même temps c'était un petit pêché d'orgueil de lui ou pas, que c'était un tout.

Francis Huster : Peut-être… peut-être qu'il se sentait rejeté. Surtout ce qu'il l'a beaucoup blessé, il a dut se sentir rejeté du métier. Et ça, il l'a pas pardonné. Donc Sacha Guitry a laissé, non seulement un empreinte comme acteur, mais en plus comme auteur, il a un rythme. C'est-à-dire que maintenant il est devenu classique comme Labiche, Feydeau et Marivaux, c'est-à-dire qu'on ne joue plus Guitry », on joue « du » Guitry.

José Artur : Oui, oui absolument.

Francis Huster : Et on est obligé, en tant qu'acteur, que se soit… j'me souviens d'interprétations fabuleuse. Vous parliez de Robert Lamoureux, c'était avec Daniel Larrieu et Louis de Funès dans « Faisons un rêve ». Alors celle là je ne l'ai pas vu, bien sûr, ça a été un triomphe. Mais du vivant de Sacha Guitry, il y a eu les interprétations fabuleuses aussi de Claude Rich avec Annie Senigallia, toujours ce « Faisons un rêve », les représentations bien sûr de Jean Piat, de Jean-Laurent Cochet, enfin de tout les admirateurs de Guitry mais y a pas encore eut le pont avec la jeunesse. A cause du service public. Paradoxalement Jean Meyer, qui était élève de Louis Jouvet, qui n'aimait pas spécialement Guitry, mais c'est Jean Meyer qui a revivifié Guitry à la Comédie Française. Il avait donné d'ailleurs une interprétation de « La Jalousie » avec Georges Descrières absolument remarquable ! Et depuis la disparition de la Comédie Française des Années d'Or, Hirsch, Piat, Meyer, Charon et Manuel,…

José Artur : Les inoubliables…

Francis Huster : Inoubliables. Perdrière, Dennis Dole... Enfin bon, Debucourt, Clariond, Yvonne Gaudeau,…

José Artur : A nous deux on pourrait...

Francis Huster : On pourrait tous les énumérer !

José Artur : On aurait pas le temps de parler de vous tout à l'heure.

Francis Huster : Louis Seigner, Chanara (???), et bien Guitry n'est pas repris au Français. Et ça c'est une catastrophe parce qu'il faut maintenant, absolument, que Guitry soit reprit dans le service public, c'est notre grand auteur du XXème siècle.

José Artur : Francis Huster, j'vous avais lancé là-dessus mais, ce qui prouve votre bonne nature c'est qu'on est là pour parler de vous quand même un tout petit peu et qu'on a parlé que des autres, ce qui est très bon signe pour vous, vous êtes un mec bien. Alors qu'est-ce qui vous a poussé à prendre « Les Mémoires d'un Tricheur » ? Votre amour du Rocher de Monaco, dont on a beaucoup parlé, le côté joueur que vous êtes, ou est-ce que c'est simplement que c'est un chef-d'œuvre tout court ?

Francis Huster : Rien de tout ça en fait, et pourtant c'était des bonnes raisons. Nan, en 1971, donc « hier » on doit bien le dire, j'ai eu la chance de tourner « La faute de l'abbé Mouret » mis en scène par George Franju et la productrice Vera Belmond était épaulée par François Truffaut. C'était une très jeune productrice à cette époque là, Vera. Et François Truffaut donc j'l'avais rencontré et il avait conseillé à Vera et à Georges Franju de venir me voir, on jouait à ce moment là « Jacques le Fataliste » avec Jacques Spiesser. Et puis j'l'avais rencontré et j'lui avais dis à un moment dans un conversation : « Le cinéma, j'en ai rien à foutre, ça me plait pas du tout, moi c'est le théâtre. J'veux entrer au Français, j'veux faire ma carrière, les classiques, tout ça… » Et Truffaut m'a dit : « Bah tiens, vous me faites penser à Sacha Guitry qui disait exactement la même chose, qui niait le cinéma et en fait il a fait un chef-d'œuvre : Le Roman d'un tricheur était considéré comme l'un des dix plus grands film de l'histoire du cinéma. Non pas seulement par Truffaut…

José Artur : Et Welles !

Francis Huster : Et Welles ! Qui s'en est inspiré dans le montage pour __________ . Et donc François Truffaut m'avait dit : « Bah tiens, si un jour vous voulez monter du Guitry, montez ça ! » Alors moi j'ai lu à ce moment là Roman d'un Tricheur, j'avais pas encore vu le film. J'ai trouvé le livre à pisser de rire, merveilleusement écrit et puis j'ai trouvé surtout qu'y avait un rôle, un vrai personnage. On a souvent reproché à Guitry de toujours rester dans le même style de personnage : séducteur, ma femme...

José Artur : Le monsieur qui prend la femme de l'autre.

Francis Huster : Voilà mais c'était exactement ce que faisaient Feydeau ou Labiche. C'est pareil ! Ils avaient chacun leurs ________ Et là je trouvais qu'y avait un vrai personnage avec une grand profondeur. Mais j'avais 20 ans ! Donc J'me suis dit « faudra quand même attendre ».

José Artur : Faudra attendre.

Francis Huster : J'ai maintenant dépassé la cinquantaine et quand j'ai repensé à Guitry, tout d'un coup, j'ai travaillé pendant deux, trois ans et j'ai eu la chance de pouvoir finalement monter cette adaptation. Grâce à Bernard Murat et Jean-Louis Livi qui sont des adorateurs… Jean-Louis Livi était d'ailleurs…

José Artur : Au Théâtre des Mathurins…

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