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10 septembre 2000 - journal télévisé 20h (France 2) - page 1/2


Béatrice Schönberg : Sur la scène du théâtre de la porte Saint Martin, la rentrée de Francis Huster ou plutôt peut-être le tournant dans la carrière de l'acteur qui s'attaque désormais avec brio à la comédie, un genre qu'il n'avait pas encore vraiment exploré. Francis Huster en solo changeant tour à tour de personnage sur des textes d'Octave Mirbeau qu'il a remaniés et mis en scène. Francis Huster adore la vie et le dit haut et fort. Portrait signé Françoise Roy, Jean-François Chevais.

[Début du reportage

Images de Francis Huster répétant dans un parc

Voix off : Un jardinier devenu fou ou un fou devenu jardinier ? Vous n'y êtes pas. C'est Francis Huster qui répète sa pièce.

Francis Huster : Ca me permet d'être à l'air même s'il y a les pots d'échappements partout, mais pour moi c'est l'air. Je respire et puis ça me concentre.

Voix off : Cheveux rebelles, volubile, passionné, romantique et provocateur, à 53 ans cet éternel jeune homme vole de succès en succès. Mais au fait, c'est quoi la vie ?

Francis Huster : Un jeu, un jeu. C'est-à-dire c'est comme un jeu de l'oie. Il y a des moments on joue les dés et on fait double six et il y a des moments... rien du tout, ça marche pas. On peut pas aller contre le destin.

Extraits de pièces : Lorenzaccio, Cyrano de Bergerac

Voix off : Et des double six, il en a lancés. Trente rôles au Français dont Lorenzaccio en 78, cinéma, télévision, livres, il n'a même pas peur du bonheur sauf peut-être d'une petite chose.

Francis Huster : Moi j'ai peur de la mort. Et comme j'ai peur de la mort j'essaye de faire des trucs propres et qui sont dignes dans la vie pour qu'elle se dise "Bon pas encore, ça va il se défonce, je passerai après."

Voix off : Il a trois passion : sa petite Elisa, deux ans et demi, sa compagne, Cristiana Réali, qui joue au théâtre voisin, et le foot bien sûr.

Francis Huster : Je suis heureux dans ma famille, je suis heureux dans mon métier et j'essaye de ld mériter en prenant des risques, tous le temps, en recommençant tout parce que sinon...

Voix off : Mais Francis Huster est fou de théâtre. Chaque soir il monte sur scène comme si c'était la première fois, la première pièce. Il adore la vie.

Extraits de "J'adore La Vie !"

Fin du reportage]

Béatrice Schönberg : Francis Huster, bonsoir.

Francis Huster : Bonsoir.

Béatrice Schönberg : A travers ce portrait on a le sentiment que vous êtes quelqu'un d'avide, de boulimique, de nouveaux terrains, de nouvelles expériences, avec vous le disiez le goût du risque. Cette fois-ci vous êtes servit, vous avez votre dose d'adrénaline ?

Francis Huster : Oui et puis en plus le plaisir de jouer avec le public. C'est ça, la passion du théâtre elle vient de là : jouer avec ses partenaires, mais comme là je suis tout seul c'est le public qui est mon principal partenaire; puis défendre des textes aussi.

Béatrice Schönberg : Alors on a le sentiment, on parlera des textes après, que c'est un peu un tournant. C'est comme ça que vous avez envie qu'on en parle.

Francis Huster : Oui.

Béatrice Schönberg : Un tournant dans votre carrière, comme si vous aviez envie de maitriser un terrain que vous appréhendiez peu, c'est-à-dire la comédie et le rire.

Francis Huster : Oui, c'est-à-dire que je trouve que quand on a passé la cinquantaine, on peut pas continuer à jouer les jeunes premiers. J'ai eu toutes les chances dans ma vie, grâce à la Comédie Française, à Jean-Louis Barrault évidemment, et après avoir joué tout ce grand répertoire de romantique je veux vraiment maintenant exploser.

Béatrice Schönberg : Une crise positive en fait.

Francis Huster : C'est une crise positive, c'est le tournant de ma vie : ou on m'accepte ou on ne m'accepte pas.

Béatrice Schönberg : Et le rire c'est... ça ça m'étonnerait parce qu'on peut vous acceptez dans différent registres. Vous jouez votre va-tout là ?

Francis Huster : Ah oui je joue mon va-tout c'est-à-dire qu'il y a à la fois dans ce texte fabuleux de Mirbeau des textes qui sont des textes politiques, cruels, vraiment sensibles, qui font pleurer mais il y a aussi à la fois des explosions de rires et je pense souvent à des acteurs qui ont été pour moi dieux vivants comme Robert Hirsch, comme Michel Serrault, comme Galabru, comme Poiret...

Béatrice Schönberg : Alors c'est vrai qu'il y a beaucoup de fantaisies et de drôleries dans ces textes mais aussi beaucoup de cruauté, de violence, de polémique et je me suis dit qu'au fond quand vous abordiez la comédie vous aviez quand même besoin de vous asseoir sur des textes classiques, des textes d'auteurs.

Francis Huster : Des textes d'auteurs...

Béatrice Schönberg : Parce que vous auriez pu prendre un jeune auteur, un texte contemporain, il y avait toutes façons d'aborder la comédie.

Francis Huster : Oui mais justement je pense que le génie d'Octave Mirbeau c'est d'être tout à fait moderne et jeune. C'est extraordinaire, il y a des endroits dans le texte quand il dit '"Ta femme elle est pas morte, c'est pas de la frime", j'ai pas changé un mot ! Il y a des guimiques c'est avant La lettre, Raymond Devos, Fernand Raynaud et j'ai voulu à la fois lui rendre hommage, parce qu'Octave Mirbeau est probablement un des trois plus grand écrivains français du siècle, mais aussi j'ai voulu chercher ce qu'il peut y avoir de fort dans le comique, la violence. Le comique ça veut pas dire faire le couillon...

Béatrice Schönberg : Nan, on sent pas ça du tout en vous voyant sur scène.

Francis Huster : Qu'est-ce que vous sentez ?

Béatrice Schönberg : On sent que c'est très maitrisé. On sent que vous avez à la fois un énorme plaisir,...

Francis Huster : Ah oui.

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