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6 août 2006 - interview au festival de ramatuelle (nrj)


Aurélien (Présentateur) : Francis Huster, bonsoir.

Francis Huster : Bonsoir.

Aurélien : Alors dans deux-trois heures, vous serez sur scène. Qu'avez vous fait la depuis la semaine dernière ? Vous étiez dans la région, vous étiez en France ?

Francis Huster : J'étais en festival à Chambéry, à Figeac. On a commencé la tournée, la grande tournée de Sacha Guitry qui va nous mener jusqu'en juin 2007 à la 500ème représentation avec Yves le Moign' et j'attend avec impatiente aussi de finir le montage de mon film "Le Vrai Coupable". Je fais la projection de ce film à la fin du mois d'Août pour TF1 et je pense qu'il passera sur l'antenne peut-être en début 2007.

Aurélien : C'est donc un été bien bien occupé ?

Francis Huster : C'est un été bien occupé mais heureusement il y aura quand même les escapades avec Cristiana et nos deux filles, Elisa et Toscane, parce que ce sont des moments qui me remettent un peu les pieds sur terre.

Aurélien : Alors donc au Mathurins, à Édouard VII, on a eu le plaisir de vous applaudir dans "Mémoires d'un Tricheur". En 1936, Sacha Guitry écrit ce film monologue qui avait enchanté et Truffaut et puis l'ensemble de la nouvelle vague donc il y a 70 ans. C'est un bail mais c'est toujours d'actualité.

Francis Huster : Oui, parce que en fait dans ce texte, il y a non seulement les bons mots à la Guitry et puis la peinture d'une époque, l'avant-guerre où tout était facile, aisé et en même temps il y avait le front populaire qui commençait à arriver. Et Guitry est assez dur d'ailleurs avec son époque. Son héro flambe un peu à la Trenet, à la Tino Rossi et puis du jour au lendemain il est ruiné. J'crois que c'est un texte qui a bouleversé François Truffaut parce que justement il avait une couleur double, à la fois très gai, très vivant, très Sacha et en même temps très Guitry, c'est-à-dire un maître qui donne des leçons de morale et de vie. C'est un texte en tout cas qui, au fur et à mesure des représentations, nous permet à Yves et à moi d'être encore plus proche de l'auteur. Il apparaît de plus en plus, au fur et à mesure qu'on le joue et c'est quelqu'un d'assez déchiré, beaucoup plus que l'image qu'on en a de lui d'un être un peu suffisant. Il y a quelque chose de presque du cinéma italien des personnages à la Gassman, il y a quelque chose de fanfaron dans ce texte et en même temps de bouleversant, c'est vrai.

Aurélien : Est-ce qu'on peut dire que c'est cette vie mouvementée, cette vie de flambeur qui en fait est celle d'un tricheur. Celle de Guitry elle s'apparente vraiment à sa vie personnelle ?

Francis Huster : Oui, elle s'apparente tout à fait à sa vie. C'est quelqu'un qui a joué sa vie plusieurs fois. Il a fait des coups de poker insensés. Il a commencé par dire que le théâtre était sublime et que le cinéma était zéro et puis il a fait volte-face, il a commencé à tourner des films sublimes, d'abord tirés de son théâtre mais des films dont il a écrit aussi les scénarii comme par exemple "Les perles de la couronne" et évidemment "Si Versailles m'était conté...", "Napoléon". C'est quelqu'un qui même dans sa vie privée était un joueur. Son idylle avec Yvonne Printemps, du jour au lendemain printemps le trompe avec pierre Fresnay, il refait sa vie avec une jeune actrice Jacqueline Delubac, totalement à l'inverse d'Yvonne printemps. Il est devenu le roi de tout Paris, il représentait la France même à l'étranger et puis tout d'un coup la guerre arrive et tout est remis en question. Et puis on le traîne dans la boue, et puis il y a la réhabilitation méritée, et puis l'après-guerre où il se met à collaborer cette fois, mais vraiment, pour le redressement de la France. Il a vraiment, en même temps que Jean Villard, donné une idée de la France qui gagnait, la France de Louis XIV, des rois, la France de l'Empire, la France qui était une France de lumière, de philosophes et c'est pour ça que Guitry est, par rapport au XXème siècle, incontournable.

Aurélien : Alors, 154 pièces à son actif, 6 épouses, dont la dernière qui s'est uni à l'âge de 62 ans. Donc c'est ça la vie de Guitry et puis pour revenir à sa jeunesse, il reconnaît qu'il a été mauvais élève, il change régulièrement de collège et j'ai lu qu'il avait été encore... à 16 ans il était en 6ème, il avait fait que redoubler.

Francis Huster : Oh, oui. C'est le cancre absolu de l'histoire de la Littérature française. Ce qui est extraordinaire c'est que lui qui était un cancre est devenu maître. On l'appelait "maître" parce qu'il a lui-même enseigné à toute la France, l'Histoire de France. Et puis c'était un travailleur acharné. La nuit, il n'arrêtait pas d'écrire. Justement, il réveillait Yves Printemps pour lui lire des extraits du dernier acte qu'il venait d'écrire et ça la rendait folle parce qu'elle voulait absolument préserver sa voix. Non, c'était un homme qui avait, au-delà de son génie d'écriture, sa langue, son grand talent de comédien ou de metteur en scène, il avait une passion c'était la France. Il aimait ce pays. Au-delà de l'Histoire de la France, il aimait ce qu'elle représentait, la France qui râle, la France qui se remet en question, la France qui va dans tout les sens. D'ailleurs, quand on voit le choix des interprètes dans les films de Sacha Guitry, il est tout à fait significatif du risque qu'il a prit. C'est lui qui a réhabilité Michel Simon comme star absolument immense. C'est lui qui a demandé à la plus grande star de l'époque, Jean Gabin, de dire un seul mot dans "Napoléon", "assez !", un des chef-d'oeuvre absolu de Guitry qu'en a quand même pondu une trentaine de grandes oeuvres et il y a évidemment l'éblouissant "Mon père avait raison" où... pièce qu'il a écrite pour son père et lui qu'il a interprété avec son père, "Mon père avait raison" est une pièce qui est vraiment à la hauteur d'une pièce de Molière.

Aurélien : Quel trait d'esprit vous garderiez de Guitry ?

Francis Huster : Le mot qu'il a eu quand il était en train de mourir, il s'est suicidé même et il a raté son suicide et il a vraiment eu un mot très très dur par rapport à sa veuve qui "fermerait ses yeux mais qu'ouvrirait ses tiroirs."

Aurélien : Francis Huster, eh bien vous nous donnez envie d'aller ce soir, donc à ce soir pour vos applaudir. Merci.

Francis Huster : Merci beaucoup.

Aurélien : C'était Aurélien pour NRJ, Festival de Ramatuelle, 22ème Édition.

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