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juillet 2004 - ciné télé revue


« Mes filles me mènent par le bout du nez »


Avec Antoine Keller, le policier ambigu de « Zodiaque », la série d'été de TF 1, Francis Huster a trouvé un héros romantique tel qu'il les aime et qui lui rappelle les grands rôles du théâtre classique qu'il a joués... « Comme chez Shakespeare », dit-il, « il recèle en lui une violence extrême. » A l'instar du personnage qu'il interprète, l'ex-sociétaire de la Comédie-Française s'habille toujours de noir dans la vie, et ce n'est pas leur seul point commun... Ravi du succès que lui apporte le petit écran avec « Le grand patron » (six nouveaux épisodes sont en préparation) et des téléfilms de prestige comme « Jean Moulin », il déclare : « La télévision, c'est mon Hollywood à moi! » Fort de cette popularité, il a toujours l'intention de monter sa troupe de théâtre dans quelques années. Car le bouillonnant Francis Huster, qui, il y a trente ans, avait des projets et des ambitions plein la tête, est resté identique et brûle toujours du même feu intérieur.

Keller est dur et cassant. C'est un commissaire atypique, doublé d'un homme insaisissable...
Les scénaristes ont voulu montrer un policier comme on n'en avait jamais vu en France. Il a l'élégance des flics à l'américaine. Il est toujours en costume noir et chemise blanche parce que les couleurs de la vie ne l'intéressent plus. Ce qui m'a plu, c'est de jouer un type ambigu... En même temps, vous dites qu'à la télévision, il faut être soi-même...
J'ai une image de héros romantique et Keller est un héros. Positif ou négatif, nul ne le sait, mais il en a la stature... C'est un jeu à l'américaine basé sur 80 pour cent de gros plans, et c'est très violent.

Bref, vous n'avez plus aucune raison d'aller à Hollywood...
J'y ai été il y a trente ans pour « Un autre homme, une autre chance », de Lelouch. Mais c'est vrai que la télévision, c'est mon Hollywood à moi. Elle me permet de toucher des millions de spectateurs à travers l'expérience populaire du « Grand patron », avec un rôle qui me colle à la peau, et des mini-séries de prestige comme « Jean Moulin », sans oublier ces grandes séries estivales qu'il faut faire, en gros, tous les cinq ans.
Keller est capable de faire l'amour avec Esther et, le lendemain, de la placer en garde à vue. Drôle de bonhomme...
Il est imprévisible, et c'est peut-être ce qu'il y a de plus séduisant chez lui. Coucher avec cette femme participe de son enquête...

Belle conscience professionnelle...
(Rires) Oui, c'est ce que pense son ancienne maîtresse, qui fait toujours partie de la brigade financière.

Vous voyez votre personnage comme un héros shakespearien et vous comparez le tandem qu'il forme avec son adjoint à don Juan et Sganarelle. Est-il important pour l'ex-sociétaire de la Comédie-Française et le professeur d'art dramatique que vous êtes de trouver des références au grand théâtre classique pour jouer ses rôles dans les fictions modernes ?
Pour moi, c'est la clé de toutes mes interprétations. Contrairement à ce que l'on croit, rien n'est plus simple que le répertoire de Shakespeare et de Racine. « Zodiaque », comme tous les thrillers, est comparable à « Jules César » ou à « Othello ». C'est toujours le même schéma. « Roméo et Juliette » est une grande saga familiale de haine et de secrets, qui finit par la vengeance et la mort.

La manière de s'habiller de Keller est-elle le seul point commun avec vous ?
Non, lui aussi va jusqu'au bout de tout. Si j'avais été flic, j'aurais été plus proche de lui que de Navaro, Cordier ou Moulin, qui sont des mecs sympas. Je suis très rancunier quant aux raisons qui poussent les autres à tuer.

Quelle a été votre réaction, à vous et à votre compagne, Cristiana Réali, lorsque vous avez su que vous alliez vous retrouver en concurrence cet été au petit écran ?
Elle a été très saine. Nous avons décidé de ne pas lire nos scénarios respectifs et de croiser les doigts pour que le projet de chacun connaisse le même succès. Tous les rôles que j'ai interprétés au théâtre étaient des personnages-phares : Cyrano, Perdican, Hamlet, Alceste, le Cid... Ce qui explique que je n'ai jamais été fasciné par des personnages plus humbles, plus discrets, en demi-teinte. Tandis que Cristiana a une préférence pour les héroïnes proches de notre quotidien...

Vous parlez toujours de la différence d'âge qu'il y a entre vous, alors que vous paraissez avoir à peine 40 ans. C'est du masochisme ?
Au contraire, je suis très heureux qu'il y ait vingt ans d'écart entre Cristiana et moi... J'ai l'impression que si je vivais avec une comédienne de 50 ans, on ne parlerait que théâtre et on ne serait passionnés que par ce domaine. Cristiana, elle, a vraiment les pieds sur terre. Cela me permet aussi, comme à travers une loupe, de saisir tout ce que mon quotidien avec elle et mes filles, Elisa et Toscane, a de génial...

Vous avez la chance d'être tous les deux très demandés. J'imagine que c'est important pour l'équilibre d'un couple d'acteurs...
Si l'un de nous ramait, ce serait terrible. La pitié est ce qu'il y a de pire entre deux comédiens. Situation que l'on retrouve dans « Une étoile est née », le film avec Judy Garland. Tout d'un coup, son compagnon, qui était une star, ne fait plus rien, tandis qu'elle monte les échelons et devient une vedette. Il sombre dans l'alcool et devient fou... Je me dis que la mort n'existe pas, même si je vois disparaître des gens que j'aime les uns après les autres. Pour moi, exercer ce métier, c'est aussi « gifler la mort », comme disait Jean-Louis Barrault. Faire comme si le noir n'arrivera jamais. Et le fait que la mort m'attende dans les films que je tourne me permet de mieux apprécier l'existence... Avant de réussir dans ma profession, j'avais plus ou moins peur de la vie. Je lui trouvais beaucoup de côtés dégueulasses. Maintenant, lorsque je sors du plateau, je me dis qu'elle est formidable...

A 25 ans, vous vous imaginiez en star de cinéma. Aujourd'hui, vous attachez une grande importance à votre présence à la télévision...
Je suis très heureux du succès populaire qu'elle m'apporte. Elle est de plus en plus loyale envers le public. Il y a un certain temps que j'ai compris que le cinéma allait non pas se noyer dans la télévision, mais être obligé de devenir lui-même la télévision... Je crois que ce qui ne passe pas actuellement au petit écran n'existe pas. Et donc, c'est avec elle qu'il faut construire sa carrière artistique.

Vous êtes venu à la vie familiale sur le tard. Vous n'étiez pas prêt avant ?
Je n'avais pas le temps pour cela. Il n'y a que vingt-quatre heures dans une journée... Je prenais le métro à 7 heures du matin pour aller enseigner au cours Florent. Ensuite, j'allais répéter à la Comédie-Française jusqu'à 18 heures. Je prenais un sandwich en face, puis, je remontais jouer, pour repartir à minuit. Il m'est souvent arrivé de dormir dans ma loge, au théâtre. J'ai eu beaucoup de chance d'être entouré de gens qui acceptaient ce mode de fonctionnement, que ce soit dans ma famille ou du côté de mes compagnes... De 20 à 40 ans, j'étais impossible à vivre...

Et aujourd'hui, vous êtes un cadeau ?
Je ne dirais pas cela... Pour faire « Jean Moulin », par exemple, j'ai sacrifié trois mois de ma vie... Je revenais parfois en avion pour voir mes enfants. Mais, d'une façon générale, je suis quand même assez présent. J'adore mes filles, j'adore Cristiana, et je sais que je connais la plus belle période de ma vie. J'espère qu'elle durera très longtemps...



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