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30 juin 2006 - tribune de genève


Francis Huster secoue le cocotier cathodique


Le Maître du Zodiaque signe une histoire hitchcockienne sur petit écran.

Dans la vraie vie, Francis Huster n'a pas le ton perpétuellement irrité de Keller, enquêteur en chef du Maître du Zodiaque. Il glisse du tendre au passionné. Comme les héros de Stendhal.
En promo pour la série estivale ésotérico-policière (2e saison), l'acteur parle de la télé, de son passage derrière la caméra. Et de foot. Évidemment. Rencontre dans un resto genevois.

Rythme endiablé
Francis Huster est beau – ou plutôt BEAU – avec son visage lisse, ses yeux bleus façon aurore boréale. Mais l'éternel clone de Gérard Philipe n'est pas là pour ça. Il explique comment il a inventé Keller. Il voulait créer un nouveau style de flic. Impatient, agacé. «Je n'ai presque pas dormi pendant toute la durée du tournage», dit-il, en fixant un point imaginaire. Résultat? On jurerait que le commandant, toujours sur des charbons ardents, va sauter à la gorge des autres personnages. Mais le jeu saccadé des acteurs n'est pas la seule inno­vation du feuilleton de l'été.

Le réalisateur Claude-Michel Rome a resserré son écriture. L'action virevolte, le rythme s'endiable. Le téléspectateur, au bord de la rupture d'anévrisme, sort comme exsangue de chaque épisode. Bref, le héros du Maître du Zodiaque est un peu l'antithèse de Derrick. Le premier s'investit full-time, le second s'interrompt tous les quarts d'heure pour siroter une bière.

Révolutionner le 7e art
Et si la sauce hustérienne – tournée en partie dans le canton de Vaud – prend, le comédien repartira pour une troisième saison. Dans sa tête, les choses sont claires. Il a commencé sa carrière sur la scène du théâtre classique, il a ensuite bifurqué vers la comédie populaire. Maintenant, pour la dernière partie de sa vie, il a d'autres projets. Il veut imaginer une nouvelle manière de jouer. «Mais comme je ne pouvais pas imposer cette approche aux réalisateurs, il a bien fallu que j'empoigne moi-même la caméra».

Cette fois, c'est l'ex-professeur du cours Florent qui raconte. Il affirme que le 7e art a coulissé du grand au petit écran. «Le cinéma n'existe que grâce à la télé. Les artistes aussi.» Alors, logiquement, son second long métrage passera par le tube cathodique. De quoi s'agit-il? D'une histoire à propos d'Hitchcock découverte dans un roman de Patricia Cornwell et qu'il a complètement revisitée.

C'est à travers cette adaptation, diffusée en janvier 2007, qu'il compte bien imposer un nouveau jeu d'acteurs. «La téléréalité a bousculé la donne. Les protagonistes ne sont pas des professionnels. Ils ne simulent pas, ils sont. Ce phénomène oblige donc les comédiens à donner plus de vérité à leurs rôles. En suggérant, plutôt qu'en montrant des émotions.» Et comme on reste interrogative, il extirpe un mini-ordinateur de son sac. Habile et silencieux, il pianote sur son clavier. Une séquence apparaît sur le minuscule écran. L'ombre d'un visage, une main qui glisse douloureusement sur une baie vitrée.

Glamour hollywoodien
Pourtant, cette nouvelle manière de susciter le trouble ne suffit pas. Pour soulever l'âme du spectateur, il faut encore distiller un peu de glamour hollywoodien. Francis Huster reste confiant. «Parce qu'il était temps de bouleverser la fiction. Depuis que Brando a secoué, il y a quarante ans, la tradition cataleptique de l'interprétation, plus rien n'avait changé.»

En attendant, ce fana de ballon rond mise sur une finale Brésil-Allemagne au Mondial. Il en est sûr, même. Et le Maître du zodiaque ne l'a pas lu dans les astres.

TSR1, le mercredi à 20h20.

Adélita Genoud

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