VIIIe Festival International de Musique de Film d’Auxerre : témoignage de Francis Huster
En tant que président du jury, quel regard portez-vous désormais sur la musique de film après ce festival ?
Je suis venu à Auxerre avec l’idée que le cinéma et la musique sont étroitement liés depuis les débuts de l’histoire du cinéma. Chaplin demandait pendant qu’on tournait de jouer de la musique pour faire naître l’émotion chez ses comédiens et je ne peux pas concevoir un film de cinéma sans musique. Parce qu’il y a la fois la musique de l’âme qui est donnée par les comédiens, les rôles sont comme des partitions, les mots sont comme des notes et on a besoin d’un chef d’orchestre pour faire notre travail. La musique n’est pas le miroir des images, elle ne raconte pas du tout la même chose, elle raconte, à l’image d’une main gauche par rapport à une main droite l’émotion vraie des héros du film.
Le festival était remarquablement organisé, la sélection parfaite, multiple. On a eu beaucoup de mal à départager mais on a choisi de promouvoir dans le palmarès les films dont les valeurs musicales étaient aussi liées à des valeurs humaines, des valeurs de dignité, de liberté. Le film allemand et le film israélien nous ont paru remarquables de ce point de vue Et Dieu sait combien les autres films étaient bons, émouvants et musicaux dans leur esprit. Pour nous ce sera un souvenir magnifique. En plus il y a le côté populaire de ce festival, les master-class, les jeunes qui viennent. On n’en est qu’au début. Quand on en sera à la 20e édition, son caractère international et sa renommée vont le porter plus haut.
Le fait d’entendre de la musique de film sur scène, surtout d’un grand compositeur comme John Barry, suscite quelle réaction chez vous ? Pour un réalisateur et un comédien comme vous, l’absence d’image est-elle dérangeante ?
Pas du tout ! Cela ne m’a pas dérangé ! Au contraire, quand on peut assister à un concert de John Barry, d’Ennio Morricone, de Maurice Jarre, de Michel Legrand, de Francis Lai, quand on peut vraiment voir en si peu de temps autant de films différents évoqués par la musique, c’est un double plaisir. C’est émotionnel parce qu’on se souvient des films mais également on s’aperçoit que chaque compositeur a une même patte. Même s’il n’y aucun rapport entre The Knack et Danse avec les loups, Out of Africa et James Bond, finalement c’est la même couleur dans l’écriture.
Probablement, si Verdi, si Bellini, si Wagner, si Rossini avaient vécu au XXe siècle, ils seraient devenus les Léonard Bernstein, les John Barry, les Maurice Jarre d’aujourd’hui ; ils auraient fait du cinéma. La grande musique c’étaient à leurs yeux les symphonies, les concertos, la pureté de l’orchestre. L’opéra c’était à la fois un art scénique, avec un livret, et de la grande musique. On ne pouvait pas comparer Rossini, Bellini à Beethoven et Mozart. Quand Mozart signe des opéras, on ne peut pas les comparer à ses plus grandes symphonies - même si la Flûte Enchantée est un chef d’œuvre. Or si à l’époque on pensait à une certaine hiérarchie, aujourd’hui des gens préfèrent la Flûte Enchantée aux symphonies. Je pense que dans 100 ans ou 200 ans la musique de film sera considérée comme l’opéra…
Damien Deshayes
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