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24 septembre 2009 - france soir


« Il y a du Audiard dans le texte de Marcel Aymé »


Plus passionné que jamais, le comédien a adapté et mis en scène le roman de celui qui a également écrit Passe-muraille. Seul sur les planches, l’acteur livre un jeu dépouillé de tout artifice.

Soyez à l’heure au théâtre des Bouffes Parisiens, car le spectacle est dans la salle avant la représentation. Et la surprise est de taille. Adossé à la scène, Francis Huster s’adresse au public avant de se lancer dans son interprétation de Traversée de Paris, une nouvelle de Marcel Aymé dans laquelle Martin et Grandgil, deux compères de fortune, entreprennent nuitamment de parcourir la capitale occupée pour livrer de la viande au marché noir. Ce dialogue avec les spectateurs est particulièrement important pour le comédien : « C’est primordial. Avant la pièce, je tiens à servir la mémoire de l’écrivain. En 1942, Marcel Aymé était le seul auteur à dire que les camps d’extermination existaient. Il fallait un sacré courage. Il n’était pas juif, son honnêteté et son impartialité sont donc incroyables. Je tiens à le réhabiliter car je considère qu’il était un Juste. » La communication directe avec le public permet aussi de changer le regard des gens. « Tout ce qui peut amener les jeunes au théâtre et leur montrer qu’ils en font partie est important », explique encore le comédien, l’œil brillant.

Seul sur scène
Loin de se cantonner à son rôle d’interprète, Francis Huster adapte ici deux textes, Traversée de Paris et Le Chemin des écoliers, un roman écrit à la même époque, « pour peindre la totalité du tableau de Marcel Aymé sous l’Occupation ». Après l’improvisation, place au jeu. Les premières notes de Revoir Paris de Charles Trenet – particulièrement apprécié par Aymé – résonnent. Le rideau reste fermé, le comédien joue à la fois dans la salle et sur le devant de la scène. Côté décor, aucun artifice, le texte se suffit à lui-même. Etre seul sur scène peut paraître étrange, mais l’acteur, véritable passionné, justifie son choix : « La vraie différence avec d’autres pièces dans lesquelles j’ai pu jouer plusieurs personnages c’est que, cette fois, je suis moi. Je me suis dit qu’en restant authentique, le spectateur serait dans le même état d’esprit que lorsqu’il lit un livre. Il s’imaginerait ce qui se passe. » De fait, la comparaison avec le film homonyme de Claude Autant-Lara, réalisé en 1956 et servi par un casting exceptionnel (Jean Gabin, Bourvil et Louis de Funès, aurait été trop tentante. Qu’on ne s’y trompe pas. Revisitée par Francis Huster, cette Traversée de Paris théâtrale n’a rien d’une comédie. On y souffre et on y meurt.

« C’est un marathon »
Habité comme jamais Francis Huster donne de sa personne, navigue d’un bout à l’autre de la scène, investit la salle, passe d’un personnage à l’autre. Pendant une heure et quart, la concentration du spectateur est requise, face cette performance d’acteur remarquable. Grand amoureux du sport, l’intéressé avoue : « Je compare les pièces de théâtre aux matches de football : il y a les répliques que l’on passe à son partenaire comme d’autres le font avec le ballon, un metteur en scène qui tient le rôle d’arbitre. Cette pièce est un marathon, Il faut tenir la distance. » Des contraintes qui n’entachent guère l’enthousiasme du comédien, « c’est un vrai plaisir d’interpréter ce texte. Il y a du Audiard dans les mots de Marcel Aymé. »

« Un vrai tournant »
Avec cette interprétation, Francis Huster souhaite, à 61 ans, donner un vrai tournant à sa carrière. « Ma motivation c’est de repartir dans un autre parcours en tant que comédien, dans la suite logique des rôles d’homme mûr et fissuré que j’ai interprétés, comme Jean Moulin ou Lorenzaccio. C’est un peu ce que fait Jack Nicholson aux Etats-Unis ou, avant sa mort, Vittorio Gassman en Italie. C’est un registre dans lequel j’ai trouvé ma voie. »

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