« Je pourrais arrêter le théâtre pour me consacrer totalement à la TV »
Avant de jouer sur les planches à Uccle, Francis Huster nous parle de ses envies et nous en dit plus sur la suite de Zodiaque.
BRUXELLES. Homme passionné et passionnant, Francis Huster est intarissable lorsque vous abordez avec lui un sujet qui le captive. Présent à Bruxelles pour présenter Mémoires d'un tricheur de Sacha Guitry, qu'il jouera en octobre au Centre culturel d'Uccle, il s'enflamme dès que vous lui demandez d'évoquer ce que représente Guitry pour lui ou ce qu'il pense du public belge. Mais là où vous ne pouvez vraiment plus l'arrêter, c'est lorsqu'il parle... de foot! Il a suffi de lui demander comment il allait pour qu'il soit lancé. «Moi, ça va bien. La Coupe du Monde n'a pas encore commencé, donc je n'ai pas encore d'états d'âme.» Et c'est parti...
Le foot, c'est votre seconde passion avec le théâtre ?
Je trouve qu'il y a un grand rapport entre les deux. Dans les deux cas, c'est un métier d'équipe. Il y a le metteur en scène d'un côté, l'entraîneur de l'autre. Sur le terrain, chacun a son rôle. C'est la même chose sur scène. Le football est également artistique. Il y a des gestes qui se rapprochent du ballet. À l'inverse, le tennis ressemblerait plutôt au one-man-show.
Justement, Mémoires d'un tricheur que vous viendrez jouer à Bruxelles se rapproche du one-man-show...
C'est vrai. Chaque soir où je le joue, j'ai même l'impression de trahir la raison fondamentale pour laquelle je fais du théâtre: la vie de troupe. Mais je n'ai pas voulu que ce soit un vrai one-man-show, puisqu'il y a un décor somptueux et que j'ai quand même un partenaire, Yves Le Moign'. J'ai malgré tout l'impression que ce spectacle est un virage dans ma carrière, la fin d'une époque. Après, ou bien je renoue avec le grand théâtre et une grande troupe, ou bien ce sera le point de non-retour et je serai pieds et poings liés à la télévision !
Vous nous dites que vous pourriez arrêter le théâtre pour vous consacrer exclusivement à la télévision ?
Effectivement! J'ai une compagnie théâtrale depuis des années, mais elle est en suspens dans la mesure où nous n'avons pas de lieu où jouer. C'est devenu une troupe fantôme. Donc ou bien je trouve un lieu pour nous installer ou bien je laisse tomber le théâtre pour ne plus faire que de la télé, car à la télévision, je retrouve cette vie de troupe. J'ai tourné 15 épisodes du Grand patron , 10 de Zodiaque, 9 de Terre indigo... Et j'en passe. Sans oublier Jean Moulin.
C'est rare, un acteur de votre niveau qui revendique à ce point sa carrière sur le petit écran...
J'ai toujours été un défenseur de la télévision vis-à-vis du cinéma. Sous-estimer la télé par rapport au grand écran, c'est comme sous-estimer la chanson par rapport à la musique classique. C'est d'une stupidité confondante. Pour moi, Brel, Trenet, Aznavour, c'est aussi important qu'un opéra de Rossini. Je suis sûr que si Mozart avait vécu aujourd'hui, il aurait fait de la chanson et pas de la musique classique! C'est pareil pour la télé. On y trouve pour les acteurs la possibilité d'interpréter des rôles fabuleux et de construire de vraies oeuvres artistiques. À la télé, contrairement à ce qu'on pense, les réalisateurs peuvent imposer leur style avec plus de liberté qu'au cinéma.
En juin, on vous retrouvera dans la suite de Zodiaque...
Le maître du Zodiaque est pour moi un bonheur total. Je n'imaginais pas qu'on pouvait faire une suite à une saga de l'été. On y retrouvera les mêmes qualités de suspense que dans le premier film pour savoir qui est l'assassin. Cette fois, le Zodiaque trouve plus fort que lui, d'où le titre. Il y a des scènes d'action excellentes. Les acteurs sont merveilleux. Mais en plus, par rapport au premier opus, le réalisateur a pu imposer un autre rythme. Et puis, il y a les personnages, qui seront plus sombres. Ce que j'aime à la télé, c'est cette possibilité qu'elle offre de se remettre en question. J'ai envie de casser cette image romantique, élégante qui m'a porté dans ma carrière, d'assumer ma cinquantaine mûrissante et de proposer un justicier plus dur que le tueur. C'est ce que j'ai essayé de faire avec Le maître du Zodiaque.
Mémoires d'un tricheur, les 9, 10 et 11 octobre au Centre culturel d'Uccle. Rés: www.t-a-b.be ou 02/374.64.84.
Frédéric Seront
© La Dernière Heure 2006
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