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21 février 2009 - la parisien


C’est Pagnol qu’on ressuscite !


La pièce « César, Fanny, Marius », tirée de l’oeuvre de Marcel Pagnol, adaptée et mise en scène par Francis Huster, fait un tabac au Théâtre Antoine.

Pas d’embrouille. La durée de « César, Fanny, Marius » est clairement signalée dans le hall du Théâtre Antoine : « Trois heures avec entracte ». Au final, c’est juste un peu plus. Ajoutez dix minutes d’applaudissements, portés, dans une salle remplie au bouche-à-oreille, par un de ces bonheurs nature comme le théâtre en produit quelquefois.
Il suffit d’observer ses voisins, leur regard simplement ému, leur sourire franc adressé aux acteurs : Jacques Weber, alias César, avec sa casquette, sa bedaine de circonstance et son plaisir de vieux chat qu’on caresse ; Francis Huster, dans son costume de Panisse, sans qui rien de tout cela n’aurait eu lieu ; l’éclatante Hafsia Herzi, née au cinéma (« la Graine et le mulet »), chargeant sur ses épaules légères la lourde charge d’être Fanny ; et Stanley Weber, fiston de Jacques, qui doit à Huster son rôle de Marius.

Cinq ans de travail
« Un jour, dans un bar, j’ai vu Stanley nous servir à boire… Il était barman et rêvait d’être acteur », raconte Francis un peu plus tard, dans un de ces restaurants où se jouent les troisièmes mi-temps du théâtre. Ni une ni deux, il a donné sa chance au gamin dans cette adaptation audacieuse de la trilogie de Marcel Pagnol, père de tant d’adolescences, et dont l’oeuvre abondante et variée a toujours fonctionné au mélange du rire et du drame. Pagnol a eu ce talent de raconter la vie. Huster, qui signe aussi la mise en scène, a ce talent de traduire ce que raconte Pagnol. La sincérité de l’entreprise a payé. Elle a demandé cinq ans de travail. Huster la portait au fond de son coeur depuis de précieuses conversations avec Jean-Louis Barrault : « N’oublie pas, me disait-il, ce n’est pas la pièce que tu dois mettre en avant, ce sont les personnages. »
Auteur à cette occasion d’un petit livre publié aux Editions Archambault, « Pagnol, le Poquelin de Marseille », Huster a plongé, avec l’appui de Daniel Darès, directeur du Théâtre Antoine, dans une aventure aussi folle que risquée : fabriquer, résume-t-il, un théâtre « élargi de traditions ». Son adaptation n’oublie rien des répliques attendues par la salle : « Il n’a pas d’avant, ton bateau. Il a deux culs ! Et avec toi, ça fait trois ! » Ou celle-ci : « Si on ne peut plus tricher avec les amis, c’est plus la peine de jouer aux cartes ! » Enfin, car il faut rendre à César ce qui est à César, il y a Weber. Attablé dans la nuit bruyante du bar, incapable comme les autres de dormir après cette performance, ce fauve tranquille avoue qu’il a failli quitter quinze fois le navire tant « ce fou furieux » d’Huster « nous secouait dans tous les sens ». Dieu merci, il est resté. Huster s’en réjouit. Les deux hommes étaient fâchés pour des histoires de castings. Pagnol les a réconciliés. Et sans le savoir, le public se lève pour sceller ces retrouvailles. Au pire, le dernier métro attendra.

Pierre Vavasseur

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