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20 avril 2005 - le monde


Fortune et chute d'un voleur converti aux joies du jeu


Il a 12 ans. Le soir, au dîner (famille nombreuse, ils sont douze à table), son père, épicier, lui dit : "Tu as volé huit sous dans le tiroir-caisse pour t'acheter des billes, tu es privé de champignons." Champignons empoisonnés : toute la famille meurt dans la nuit. "J'étais vivant parce que j'avais volé, je me suis fait sur la justice et sur le vol une opinion peut-être un peu paradoxale." C'est le début des Mémoires d'un tricheur , de Sacha Guitry.

Il va être groom à l'Hôtel de Paris, à Trouville, puis à l'Hôtel Scribe à Paris. Et il va entrer à l'école des croupiers, à Monte-Carlo. Croupier, il est à la bonne place pour voir comment on peut tricher. Et il devient tricheur, impénitent tricheur, soir après soir, d'une ville à l'autre. Il fait fortune, de quoi même se faire construire un hôtel particulier, à Passy.

Un soir de 1924 il reconnaît, à la table, un joueur qui naguère lui a sauvé la vie. Il ne veut pas, en trichant, lui faire du tort. Ils prennent un verre. Cet homme est honnête, il est joueur dans l'âme. Et notre tricheur, près de lui, comprend les plaisirs, les émois du jeu. Du vrai jeu, avec son suspense. Il se met à adorer le jeu, sans tricher. Et il y perd sa fortune, il perd tout, ses voitures, ses bijoux, ses tableaux et son hôtel particulier.

De cette fable exemplaire, Sacha Guitry avait fait un film, drôle, libre comme tout ce que filmait Guitry, et l'on pouvait se dire que le charme du film tenait, presque en tout et pour tout, au charme du jeu et de la voix si particulière de Guitry, sa voix d'enjôleur.

C'était faux : Francis Huster le prouve en reprenant cette histoire au théâtre. L'aventure, les surprises, l'humour, les mots d'esprit de Guitry trouvent même, par la finesse précise du jeu de Francis Huster, une autre couleur, un autre ton. Chaque détail de l'action y prend un relief à lui, alors que Guitry était plus monocorde. Secondé par un excellent Yves Le Moign'dans un rôle de barman, Francis Huster nous donne une mise en scène vive, lumineuse, pleine d'allant. Une soirée bien plaisante.

Michel Cournot

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