Comédien multicartes. Francis Huster, entre passion et rigueur...
L'image de " clone " de Gérard Philipe lui a longtemps collé à la peau. Pourtant, Huster a largement fait ses preuves comme comédien.
Avec sa tignasse brune, ses allures de jeune premier et son regard ténébreux, Francis Huster a été cantonné pendant des années dans des rôles romantiques. · cinquante-quatre ans, il sort (enfin) de ce registre. Ses détracteurs l'accusent de plagier le jeu de Gérard Philipe, ses admirateurs aiment sa façon de sauter d'un support à un autre : la télévision l'adore, il divise le théâtre et est boudé par le cinéma.
Francis Huster a commencé le théâtre par hasard. Victime d'une mauvaise chute, il a dû renoncer à quinze ans à son rêve de devenir footballeur professionnel. Ses parents ont donc voulu qu'il devienne chirurgien. Mais il était si timide que ses professeurs lui ont conseillé de suivre des cours d'art dramatique. " J'étais alors la caricature de moi-même : myope, timide et chef de classe. Les cours m'ont enfin dégourdi ", confiait-il au Figaro . Il sort du conservatoire en 1971 avec trois premiers prix de comédie. Et c'est le coup de théâtre : " Alors que je jouais les valets et développais un tempérament comique, Vitez m'a engagé à la Comédie-Française pour y jouer les jeunes premiers ", raconte le comédien.
Il reste dix ans au Français, en tournant de temps à autre des films de cinéma ou de télévision. En 1977, il y joue Lorenzaccio, dans une mise en scène de Zefirelli. L'ouvre sera diffusée en Eurovision, ce qui vaudra à Huster d'être découvert par 250 millions de téléspectateurs. Le comédien remporte ainsi un grand succès, qui a son revers : parce que la presse voit en lui " le nouveau Gérard Philipe ", il devient bientôt " celui qui se prend pour Gérard Philipe ". Cette casserole traînera d'autant plus longtemps derrière lui que Jean-Louis Barrault l'embauche au théâtre du Rond-Point, en 1985, pour le Cid, rôle interprété avec brio par Gérard Philipe...
Pourtant, dans les films et téléfilms, il prend une autre envergure : Il tourne dans le mythique les Dames de la côte, de Nina Companeez, aux côtés de Fanny Ardant. Depuis plusieurs années, il cumule les fictions, récurrentes ou non : de l'irréprochable Julien l'apprenti, en 2000, aux séries récurrentes comme le Grand Patron (l'histoire d'un chirurgien) à Commandant Nerval (l'histoire d'un flic de choc), en passant par Terre Indigo, grande fresque sentimentale dont il interprète un des rôles titres, aux côtés de sa compagne et ancienne élève, Cristiana Réali. Ou encore l'Impossible Monsieur Papa, comédie (assez ratée), où une jeune femme se sert de lui comme père géniteur... Dans toutes ces fictions, pourtant, un point commun : Francis Huster y incarne des personnages de son âge. " L'âge est mon talon d'Achille, il faut arrêter de me voir comme un éternel adolescent ", confiait-il au Figaro en décembre 2000. Côté cinéma, l'acteur a moins de succès. Dans ses deux derniers films, Tout ça... pour ça ! de Claude Lelouch et le Dîner de cons, il ne tient que des rôles secondaires. On l'a aussi vu, dans la Femme publique, avec Valérie Kaprisky, ou l'Amour braque, d'Andzrej Zulawsky.
Il a été question, en 2000, de lui confier la direction du théâtre du Rond-Point. Le comédien y a renoncé de lui-même, car il n'avait pas les moyens de remplir sa mission. Francis Huster est habité par une sacrée exigence, comme comédien. Il plébiscite le travail, et l'apprentissage : " Lorsque tu ne prends pas de cours de théâtre, au bout de deux représentations, tu as la voix pétée, et au bout de dix représentations, tu oublies ton texte. C'est un métier où il faut apprendre ", notait-t-il. Récemment, il a joué sous la direction de Robert Hossein, un Raskolnikov assez controversé. En attendant la prochaine aventure...
Caroline Constant
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