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14 septembre 2007 - sud ouest


Huster sans complexes


FICTION. Le comédien Francis Huster, président du jury du festival, revendique un vrai style français pour la fiction-télé. Et l'imagine plus insolente et néo-réaliste.

Il est vraiment sympa Francis Huster. Il vous tutoie d'emblée, ne fait pas de chichi lorsqu'on le dérange en plein déjeuner et arrive à placer qu'il est passionné de foot en évoquant la défaite de l'équipe de France face à l'Italie. Sociétaire de la Comédie française, professeur de théâtre et avant-centre au Racing-Club de football de l'Alma, Francis Huster a toujours défendu sans complexes ses rôles au petit écran face à l'élitisme du cinéma. Président du jury, il est venu partager avec le public rochelais sa passion pour la télé et défendre un vrai style français de la fiction face au raz-de-marée des séries américaines.

Comment trouvez-vous La Rochelle qui accueille pour la première fois le festival de fiction-télé qui était installé depuis huit ans à Saint-Tropez ?
Les salles de projections sont magnifiques. Il y a les salles du Dragon qui sont populaires et chaleureuses et la salle de l'Encan plus officielle, plus imposante, qui ne pardonne pas parce qu'elle multiplie les défauts et les qualités.

Avez-vous facilement accepté la présidence du festival lorsque Quentin Raspail, son fondateur, vous l'a proposée ?
Raspail est un producteur très élégant, dans sa morale, qui prend des risques sans faire n'importe quoi. J'aurais eu honte de refuser. Il faut aujourd'hui un festival de la fiction qui soit à la hauteur de Cannes. Un festival qui devienne européen, international. Et cela se passera à la Rochelle parce qu'il y a ici une véritable ambition populaire. Il faut sortir du microcosme parisien et offrir une télévision pour tous, faites par tous.

La fiction française a néanmoins beaucoup de mal à trouver sa place face aux séries américaines. Comment peut-elle se différencier ?
Les Américains ont inventé le 52 minutes parce qu'il n'y a pas la perfection pour atteindre le long-métrage. Il y a des réussites extraordinaires et ils sont passés maîtres dans ce style. Mais tout est formaté, basé sur des valeurs que sont la réussite, écraser l'autre, le gentil et le méchant. La fiction française a bien d'autres choses à montrer.

« Il y a à La Rochelle une véritable ambition populaire »

Mais quel est ce style français ?
La fiction française doit privilégier l'insolence, la cruauté de la vie, le néo-réalisme. Elle doit arrêter de copier les Américains. La fiction française doit éviter de tomber dans le même panneau que l'équipe de France de rugby qui a voulu imiter les Australiens et les Néo-Zélandais. On a voulu leur donner la surpuissance alors que le style français, c'est la fluidité, la vivacité, l'inventivité. À force de faire évoluer cette équipe, on l'a désincarnée. La fiction française, c'est aussi le patrimoine, nos westerns à nous. Je rêve par exemple de tourner un film sur le siège de La Rochelle !

Pour quelles raisons défendez-vous la télé avec autant de force ?
Parce que depuis quarante ans, j'exècre le dédain et la fatuité du monde du cinéma. Que nous faisons le même métier, nous dévorons des livres, nous apprenons des textes. Je ne pense pas que Peter Falk (Colombo) ou Patrick Mac Goohan (le Prisonnier) aient à rougir face à Jack Nicholson ou Al Pacino parce que ce sont tous des acteurs prestigieux. Des acteurs français comme Mimi Mathy ou Pierre Mondy n'ont rien à envier à Nathalie Baye ou Gérard Depardieu.

« Mimi Mathy n'a rien à envier à Nathalie Baye »

Vous allez pourtant bientôt refaire du cinéma ?
Je fais du cinéma par amitié. Pour «le Dîner de cons», je l'ai fait pour Villeret. Je m'apprête à tourner avec Jean-Paul Belmondo dans un remake d'Umberto D. J'espère même ces prochaines années tourner dans plusieurs films de cinéma. Je rêve d'une fresque à la manière de Daniel Leane (ndlr : «docteur Jivago», «Lawrence d'Arabie») que j'adore.

Agnès Lanoëlle

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