« Jean-Paul Belmondo a voulu qu'on le film tel qu'il est »
Pas loin de huit années de travail, de réflexion, de recherches ont été nécessaires pour a Six ans après son accident vasculaire cérébral, Jean-Paul Belmondo est de retour sur les écrans. « Un homme et son chien » fait l’événement, mais Francis Huster, à l’origine de ce come-back et dont c’est le deuxième film en tant que réalisateur, sait que son film crée la polémique. La parole à la défense.
Pourquoi avoir choisi Belmondo ?
C’était l’occasion de retrouver Jean-Paul Belmondo, et pas Bébel. Celui des dix premiers films : A bout de souffle, Le Doulos, Classes tous risques, Moderato Cantabile… D’un coup survient L’Homme de Rio, et ça devient Bébel. Là, ça n’est plus mon univers. J’espérais qu’il se dise : “Je reviens au cinéma pour faire ce qu’on m’a empêché de faire pendant vingt ou trente ans : continuer ma carrière de Jean-Paul Belmondo, et plus de Bébel”. Jean-Paul, c’est la Nouvelle vague.
Quelle a été sa réaction ?
Il refusait tout. Il avait tourné la page. On lui donne le scénario. Quinze jours passent. On se dit que c’est foutu. Puis un coup de téléphone. Rendez-vous au Plaza Athénée, le lendemain. Jean-Paul était assis. Il dit : “Je le fais, mais à une condition : c’est que tu me filmes comme je suis”. C’est-à-dire un bras paralysé, une canne pour marcher, une élocution normale, mais lente.
Et le tournage ?
Il l’a fait, tout simplement. Cet acteur à l’ancienne a une capacité de concentration que je n’avais jamais rencontrée, sauf chez Jean Marais.
Un virtuose. Jamais on n’a eu une minute de retard parce qu’il n’était pas prêt. En fait, le plus difficile, ça a été de tourner avec un chien.
Que répondez-vous à ceux qui vous critiquent parce que vous montrez Belmondo infirme ?
C’est insensé. Jean-Paul va dans les hôtels, il descend à Cannes, au Martinez, il s’éclate, il va au Qatar, il va voir des matches de foot, de la boxe… Et c’est un vrai acteur. On peut évoquer Ray Charles, qui est aveugle et qui a fait la carrière qu’on sait. Ou Pettruciani, que certains ne voulaient pas montrer au public. Jean-Paul a une vie normale. Il n’est pas désespéré. Maintenant qu’il en est sorti, malgré les séquelles, c’est sans doute parce qu’il est heureux dans sa vraie vie qu’il pouvait se permettre de jouer un rôle pareil au cinéma. Le choc vient du fait que les gens s’imaginent qu’il est dans cet état-là, dans une désespérance et une tragédie personnelle. Ils ont fait l’amalgame. C’est comme si on disait que Jack Nicholson est un fou furieux parce qu’il a fait “Shining” !
C’est donc une composition…
Exactement. Tout comme quand il bondissait d’un hélicoptère en cassant la gueule à tout le monde. Jean-Paul, c’est pas quelqu’un qui se torture. En France, il y a des acteurs qui ont Alzheimer (à qui il faut mettre une oreillette pour qu’ils récitent leur texte), qui sont bègues, qui sont bourrés de tics, qui sont ivrognes, drogués… Mais il y a le miracle quand on dit “moteur !”
Comprenez-vous qu’on puisse être mal à l’aise en le voyant ?
Bien sûr. Comme je comprends qu’on puisse être mal à l’aise quand on voit une actrice complètement nue dans un film. Jean-Paul se met à nu. Il fait plus que son métier. Quand il dit : “j’ai vieilli trop vite”, par exemple. Il est allé plus loin que je ne le pensais. J’ai eu Jean-Paul au téléphone. Il m’a dit merci.
ZONE CRITIQUE
Dès le générique, le ton est donné. Une voie de chemin de fer. Une silhouette immobile qu’on devine fragile, devant un tunnel sombre. Pas de méprise, Francis Huster, homme de spectacle érudit et chevronné, n’est pas critiquable en voulant faire revenir Jean-Paul Belmondo devant les caméras, malgré l’accident vasculaire cérébral qui l’a fortement diminué. Oui, Bébel claudique, vacille, gémit, ânonne… Mais il reste intensément un artiste. D’ailleurs, une pléiade de comédiens ont fait confiance à Francis Huster dans ce projet : José Garcia, Jean Dujardin, Antoine Duléry, Tchéky Karyo mais aussi Françoise Fabian, Micheline Presle, Pierre Mondy, Jean-Marc Thibault, Max Von Sydow… Un véritable cortège, intergénérationnel comme il se doit.
La vraie question est de savoir ce qu’on fait d’une telle opportunité. En l’occurrence une lourde et glaciale illustration de la vieillesse et de l’abandon.
Une fable moraliste, indigeste, habitée par une musique envahissante, dépourvue de recul et peuplée de fantômes. Certains spectateurs seront bouleversés de retrouver Belmondo de cette manière. Pourtant, ce visage hors normes, souvent cadré très serré, nous indique qu’il aurait encore tant d’autres histoires à raconter
Christophe Caron
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