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14 janvier 2009 - paris normandie


Belmondo fait son grand retour


L’acteur et réalisateur revient sur un projet ambitieux et contesté : faire revenir Jean-Paul Belmondo au cinéma, sept ans après son accident.

Francis Huster est un homme passionné. Alors lorsqu'il prend la parole, il est difficile de la lui reprendre. Et le voici qui explique le pourquoi du comment de sa troisième réalisation après On a volé Charlie Spencer ! et le téléfilm, Le Vrai coupable : « Quand Jean-Louis Livi (Ndlr : le producteur), m'a proposé de faire un film, je lui ai tout de suite dit : je veux faire ma version de Umberto D le magnifique film de Vittorio De Sica, lance le comédien qui passe derrière la caméra. De Sicca l'avait dédié à son père. Il y a trente ans, alors que je tournais avec Lelouch aux Etats-Unis, et que je vivais une histoire d'amour avec Geneviève Bujold, j'avais rencontré Martin Scorsèse qui m'avait parlé de ce film. J'avais oublié son titre mais je l'avais vu et il m'avait fait chialer sans que je sache vraiment pourquoi. De Sicca montre l'Italie de 52, et moi j'ai voulu l'ancrer dans la France d'aujourd'hui où il se passe la même chose sociale : avec les vieux dans la rue, les retraités qui manifestent. »

Francis Huster a donc adapté l'histoire à notre époque en respectant l'esprit de De Sicca. Mais là où l'Italien avait choisi un anonyme, le Français engage l'un des acteurs français les plus populaires : Jean-Paul Belmondo.

« Je connais Jean-Paul depuis presque quarante ans. Pour moi, il y a deux Belmondo : Jean-Paul Belmondo et Bébel. Il y a d'abord le déconneur, le fils d'un génie qui passe presque par hasard au conservatoire et qui devient l'acteur fétiche d'un intellectuel suisse (Ndlr, Jean-Luc Godard). C'est l'acteur de A bout de Souffle, mais aussi de Classe tous risques de Sautet, de Léon Morin prêtre de Melville… Un acteur français, rigoureux, sublissime de sensibilité, qui, en parallèle avec Alain Delon, magique avec Visconti, porte le cinéma français à son sommet… »

Francis Huster reprend son souffle avant de reprendre de plus belle : « Et puis tout d'un coup, il lui tombe un film, L'Homme de Rio, et ce gars dont on disait qu'il n'avait pas la gueule d'un jeune premier connaît un triomphe mondial. Il tue Jean-Paul Belmondo, il devient Bébel. Il se met alors à enchaîner des films qui engraissent le cinéma français ce qui permet à de petits auteurs de faire leur film… »

Francis Huster raconte encore son retour à la scène, l'achat du théâtre Des Variétés… jusqu'à l'accident vasculaire cérébral. « Lui aussi, quelque part, a été abandonné par sa famille de cinéma. Alors j'ai été heureux et fier qu'il fasse son retour au cinéma en jouant dans mon film ».

Et l'histoire de cet homme qui vit dans la rue avec son chien, lui va bien. « Je ne voulais pas de misérabiliste, un film qui fasse pitié… De Sicca avait pris des inconnus, moi il me fallait des acteurs hypersensibles, presque indécents dans leur sensibilité. Il y a quarante rôles avec parfois une seule scène, et pourtant ces acteurs sublimes ont dit oui : Robert Hossein, Pierre Mondy, Françoise Fabian, Emmanuelle Riva, Micheline Presle, Max Von Sydow, Jean-Marc Thibault… Et pendant les dix semaines de tournage, Jean-Paul a été le premier à entrer sur le plateau et le dernier à le quitter ! Il restait toujours pour donner la réplique. Et il donnait l'impression de rajeunir de jour en jour… »

Geneviève Cheval

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