Francis Huster : « Jean-Paul Belmondo est un dieu vivant »
L’acteur et réalisateur revient sur un projet ambitieux et contesté : faire revenir Jean-Paul Belmondo au cinéma, sept ans après son accident.
Quelle idée avez-vous eue en premier : réaliser ce film ou faire tourner Jean-Paul Belmondo ?
J’avais envie depuis longtemps de faire un remake d'Umberto D, de Vittorio De Sica. Le héros ne quitte pas l’écran. Son interprète devait donc être généreux, humain, et partager son point de vue. Il fallait un dieu vivant, d’une beauté extraordinaire face à l’abandon et à la misère. Jean-Paul Belmondo s’est tout de suite imposé.
Il vous a demandé de le filmer tel qu’il est. Cela vous a-t-il surpris ?
Cela m’a bouleversé, mais cette réaction lui ressemble. Je savais qu’il refuserait de tricher. Le faire tourner dans un nouveau registre est ambitieux.
Quelles ont été vos craintes ?
On connaît tous Bébel, mais il y a aussi Jean-Paul Belmondo, celui de ses débuts. A l’époque de la Nouvelle Vague, il a joué beaucoup de rôles dramatiques. Ça aurait été tellement facile pour lui de revenir dans un rôle de flic paralysé... Je suis très touché qu’il ait accepté de revenir à ce registre. Qui aurait pensé que Jean-Paul Belmondo arracherait des larmes ? Je n’ai eu aucune crainte par rapport à lui. J’ai eu peur que les autres acteurs perdent leurs moyens devant lui. Il a été formidable pour les mettre à l’aise. Il mettait une ambiance d’enfer sur le tournage ! Toute la réussite des autres comédiens, je la dois à Jean-Paul.
En faisant défiler tous ces acteurs, avez-vous voulu rendre hommage à Jean-Paul Belmondo de son vivant ?
Absolument. Et comme Marlon Brando dans Le Parrain, Jean-Paul a su se remettre en danger en tant qu’acteur.
Avez-vous volontairement ancré l’histoire dans la réalité d’aujourd’hui ?
La France d’aujourd’hui est exactement comme l’Italie de 1952 du film de De Sica. Des hommes et des chiens, j’en vois tous les jours. Nous avons filmé des SDF à proximité du périphérique. La société a trahi tout le monde, c’est le drame de ce film. Il fallait le charisme de Jean-Paul pour rendre cela humain.
Quelle est la place de la spiritualité dans Un homme et son chien ?
C’est l’oxygène du film. Je l’ai voulu chrétien, poignant, mais pas sombre. Le seul point commun entre Jean-Paul et son personnage, c’est qu’il ne cède pas devant le pire. Finalement, c’est l’espoir qui prime.
Pensez-vous que Jean-Paul Belmondo tournera d’autres films ?
Plus personne ne peut douter qu’il est capable de refaire son métier. Je rêverais de le voir avec Alain Delon dans la suite de Mélodie en sous-sol ou dans un remake du Kid de Cincinnati avec Jean Dujardin, la relève.
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