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14 avril 2005 - les échos


Performances d'acteurs : « Mémoires d'un tricheur »


Dans un riche décor, Francis Huster monologue dans la peau d'un célèbre personnage de Guitry. Beaucoup de virtuosité, mais beaucoup d'artifice, aussi. Théâtre des Mathurins, Tel. : 01.42.65.90.00

Avec Francis Huster et Yves le Moign'
En veston rayé et pantalon blanc, le cheveu gominé lissé en arrière, presque méconnaissable, Francis Huster raconte sa vie. Ou plutôt la vie de son personnage, un orphelin devenu groom puis croupier et que le jeu perdra. Un titre et une histoire qui vous rappellent peut-être quelque chose ? A juste titre : ces « Mémoires » sont signées, à l'origine, Sacha Guitry. Qui, d'un roman, fit lui-même un film, intitulé, lui, « Le Roman d'un tricheur ». Un classique, avec Jacqueline Delubac, Marguerite Moreno, Pauline Carton et, bien sûr, dans le rôle titre, Guitry lui-même. Une histoire, surtout, passée dans notre patrimoine culinaro-culturel grâce à ses prémices : un petit garçon est privé de dîner parce qu'il a volé dans la caisse du bistrot paternel ; or, ce soir-là, toute sa famille meurt, empoisonnée par les champignons cueillis par le grand-père. Du bien-fondé de la triche...

Francis Huster, lui, ne triche pas. Dans cette entreprise un peu osée, il est seul en scène, si ce n'est un comparse, Yves Le Moign', faire-valoir complice qui, en serveur à la fois obséquieux et critique, lui permet quelques apartés ronchons à la Guitry. Les monologues tirés de romans sont décidément très à la mode, ces temps-ci, sur les scènes, encouragés sans doute par la modicité de leurs exigences financières, mais est-ce un service à rendre au théâtre, où le public a de plus en plus de mal à se rendre, que de le confondre avec un récit, même génialement interprété ?

Moues et brio d'un beau diable
Certes, l'histoire est belle (et la langue, étincelante) de cet homme, gamin mal aimé dès avant les champignons, vite livré à lui-même, qui monte peu à peu les marches de ce que l'on n'appelait pas encore l'ascenseur social, forgeant au fil de ses expériences un cynisme férocement lucide qui lui fait jauger chacun (et chacune) à l'aune de son incontournable hypocrisie et qui, pourtant, sera lui-même victime de la passion du jeu dont il avait tant côtoyé les ravages... Certes, Huster, qui signe aussi la mise en scène, a voulu un vrai décor, luxueux (il est de Nicolas Sire), celui du bar d'un restaurant de luxe des années 1930, où ne manque aucun bouquet, aucune tenture, aucun seau à glace. Dans lequel il multiplie les jeux de scène, les mimiques... à la Guitry, les envolées de bras, les moues, les ruptures de ton, avec le brio qu'on lui connaît et la fougue que l'âge n'a pas atténuée. Mais, il a beau se démener comme un beau diable, il ne nous empêche pas, après la surprise du début - où le texte se pimente d'un zeste de parodie amusée -, de trouver que réduite ainsi à un monologue la... résistible ascension de son tricheur solitaire ressemble plus à une (spectaculaire et plaisante) démonstration d'acteur qu'à une soirée de vrai théâtre.

A. C.

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