Le billet de Francis Huster : Ce soir, les Français vont gagner Waterloo !!
Les Néerlandais et les Français se sont rencontrés en juin 1815 à Waterloo. On connaît la suite...
La déroute française. Allemands, Anglais et Belges étaient aussi de la partie. Or Napoléon aurait dû gagner cette bataille s’il n’avait commis une erreur fatale : ignorer le destin, ignorer Dieu. La pluie en plein mois de juin, la boue retardant le combat, donc l’artillerie impuissante à manœuvrer ! Ne commençant qu’à 11 h 35 et non 6 heures du matin, la bataille permit aux Prussiens d’arriver à temps pour sauver Wellington vacillant et déjà en mouvement pour la retraite. Si, deux cents ans plus tard, les Bleus veulent que ce match ne soit pas à nouveau une défaite et que ce Waterloo annoncé par toute la presse mondiale, tant la marée orange a impressionné face à la Squadra Azzurra, se transforme en Austerlitz, il n’y a qu’à faire ce que Kopa, Platini et Zidane ont fait : y croire !
Croire qu’on peut gagner. Croire qu’on peut les battre alors que tout semble perdu ! L’équipe de France de 1998 y a cru. Comme y croyaient celles de 1982 et de 1958. Celle de 2008 sera écrasée si elle ne se décide pas à y croire. A croire en elle. Et Raymond Domenech n’a pas à porter la responsabilité de l’échec, ni à s’enorgueillir seul de la victoire. Ni Albert Batteux, ni Michel Hidalgo, ni Aimé Jacquet ne l’ont fait. Parce qu’ils savaient, tel Napoléon à cheval sur un promontoire pour observer la bataille, qu’il appartenait à Murat, à Lannes, à Ney, à Suchet, à tous ses maréchaux, de se sacrifier sur le terrain. Pour battre les Pays-Bas, il faut avoir la rage de se sortir les tripes et tactiquement de jouer comme eux !!! C’est le miroir de ce qu’ils font qui les déstabilisera.
Chercher à tenir devant eux, grâce à l’exceptionnelle défense de la France, cette Garde impériale, ces grenadiers emblématiques vainqueurs des Friedland, Rivoli, Iéna, Wagram que sont la Coupe du monde, le Championnat d’Europe et toutes les victoires passées des Bleus, ne suffira pas. Espérer par une foudroyante contre-attaque à la 63e minute que Thierry Henry reprenne un centre d’Evra ou de Ribéry ne suffira pas. A la rage de ne pas perdre devant les Néerlandais, cette fougueuse et fraîche vague orange, il faut ajouter le courage de vaincre. De vaincre vraiment ! Ne pas calculer, résoudre. Et se résoudre à jouer au football : marquer, attaquer, marquer, attaquer ! Comme Napoléon lorsqu’il remporta toutes ses victoires : frapper, frapper, frapper encore. Le ballon remplace le boulet. Mais les tirs de Benzema ou Gomis sont les mêmes que ceux de nos canonniers de l’Empire. Quant à la question du vrai patron sur le terrain, la réponse est dans ce qu’on attend de lui : bonapartiser ! Créer, oser, au risque de se tromper ! Kopa était un génie du dribble, Platini un génie de l’ouverture, Zidane un génie du tir ; qui est celui des onze, ce génie qui crée et qui troue la défense adverse ? Vous êtes onze, ce n’est pas pendant l’hymne qu’il faut chanter La Marseillaise, c’est en jouant révolutionnairement et pas comme de simples divas du football.
Des millions de Français sont derrière vous. Parmi eux des millions qui souffrent, qui en bavent, qui ne s’en sortent pas. Vous n’avez pas le droit de vous contenter de jouer, couverts de gloire et d’argent, et balbutiant après match des propos bidon d’excuses incrédibles. Vous avez le devoir de vous battre justement jusqu’au bout de vos forces, de tout donner, et même plus. Et surtout jouez, créez, déconnez même à la française ! Bonapartiser, ça veut dire saisir le drapeau français à Arcole et se dresser devant les tirs ennemis au risque de sa propre vie. Vous êtes onze qui pouvez écrire l’une des plus belles pages de football français, quelle chance ! Ne la laissez pas passer ! Nous sommes 65 millions à crier « Merde » avec vous ! Vous pouvez gagner ! Et vous allez le faire ! Raymond Domenech et les Bleus vont remporter leur plus belle victoire, celle contre l’impossible ! Ce soir les Français vont gagner Waterloo !
Francis Huster
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