Francis Huster, le passionné
Avec «Un homme et son chien», l’acteur-réalisateur fait rejouer Belmondo six ans après son attaque cérébrale.
Belle gueule, charismatique, craquant. Bref, une star. Francis Huster, l’un des piliers de la scène française sur les planches ou à l’écran, était de passage à Genève pour son dernier film, Un homme et son chien.
Acteur, réalisateur, scénariste, c’est aussi un grand passionné qui s’intéresse à tout. Fan de foot, il estime que le ballon rond est «un art de vivre reproduisant les injustices et la cruauté de l’existence». Intarissable sur le sujet, il se plaît à fréquenter les plateaux de télé et se montre optimiste sur la qualification de la France pour le prochain Mondial. «Même s’il lui manque une défense, un style et un patron…»
«Obamaïste» de la première heure, il s’emballe lorsqu’il évoque le nouveau locataire de la Maison-Blanche. «C’est un Obama blanc, pas un Kennedy noir. Il a pris un risque total qui peut permettre au monde de se regarder en face. Avec lui, le drapeau américain compte désormais une étoile de plus.»
Il se lance dans le cinéma grâce à sa grand-mère
Mais les sujets de prédilection de Francis Huster, très tôt déterminé à devenir une vedette, restent le théâtre et le cinéma, dans lequel il s’est lancé grâce à sa grand-mère.
«Elle fréquentait beaucoup les casinos et, pour se faire pardonner par sa fille, m’emmenait voir des films le mercredi qui n’étaient pas du tout pour les enfants. A 11-12 ans, j’ai vu tous les Gabin, La Ciociara, les fesses de Brigitte Bardot dans En cas de malheur, je m’identifiais à Gary Cooper et à Steve McQueen. Plus tard, cela m’a donné envie de défendre un cinéma politique et social.»
A l’affiche dès demain, Un homme et son chien voit le retour de Jean-Paul Belmondo, six ans après son attaque cérébrale. Remake d’Umberto D. de Vittorio de Sica, il raconte l’histoire de Charles, un vieux monsieur que son ex-maîtresse met à la porte après lui avoir annoncé son remariage. C’est désormais la rue qui attend le malheureux, rejeté par ses anciens amis, mais trop fier pour tendre la main.
Faire appel à Belmondo pour cet opus laborieux aux allures pathétiques de testament semble procéder de l’envie d’être le dernier à l’avoir fait tourner. Mais l’auteur l’explique autrement: «Jean-Paul était le seul à avoir assez d’humanité pour porter le rôle. Il me donnait ce que je désirais.»
Francis Huster avoue également sans complexe avoir voulu retrouver le charme de Godard, de Melville, de Verneuil… «Je me sentais la responsabilité de remettre cet immense acteur dans sa ligne artistique. Evidemment, ce n’est pas Bébel qui revient. Bébel est mort. C’est Belmondo qui arrive.»
Féru de remakes
Un homme et son chien n’est que le deuxième film de Francis Huster après On a volé Charlie Spencer en 1986. Plus de vingt ans d’abstinence en raison d’une parole donnée à Jean-Louis Barrault de se consacrer au théâtre. «La promesse a été dure à tenir, même si je souhaitais uniquement repasser derrière la caméra pour une œuvre. Mais je vais me rattraper. J’ai plein de projets, dont l’assassinat de Sissi et La bête humaine de Zola.»
Francis Huster pense aussi à une nouvelle mouture de Topaze. A son avis, le remake ne dénote pas un manque d’idées originales. «Cela prouve au contraire qu’on est parvenu à la maturité du cinéma. Je trouve par exemple insensé que personne n’ait songé à refaire Citizen Kane.»
C’est un point de vue. On se permettra toutefois de souhaiter ardemment que les choses restent en l’état le plus longtemps possible…
Edmée Cuttat
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