Moulin, suite et fin
Réalisation soignée pour une fiction qui prend des libertés avec l'histoire.
Le Jean Moulin de TF1 finit aujourd'hui son parcours résistant et romancé. Dans cette seconde partie, l'ancien préfet d'Eure-et-Loir s'emploie à créer, après ses rencontres à Londres avec le général de Gaulle, le Conseil national de la Résistance CNR), chargé de coordonner les opérations entre les différents mouvements et de préparer l'après-guerre. L'atmosphère se fait plus oppressante et la performance de Francis Huster reste très juste. Jusqu'aux scènes finales où la violence des tortures est difficile à oublier. En revanche, emportée par son désir d'éclaircir les zones d'ombres, la fiction prend des libertés malheureuses avec la réalité historique. Et présente, notamment, Pierre de Bénouville, adjoint d'Henry Fresnay à la tête de Combat, comme complice de l'arrestation de Jean Moulin, en juin 1943. Selon les auteurs, c'est sciemment qu'il aurait envoyé René Hardy, " retourné " quelques jours plus tôt par la Gestapo, à la fameuse réunion de Caluire. Une thèse non avérée et violemment contestée, ces derniers jours, par le gaulliste Jacques Baumel, compagnon de la Libération.
Plus généralement, on peut reprocher aussi à ce second volet une grande légèreté didactique et de trop ignorer la dimension politique de l'époque. Alors même que les enjeux de pouvoirs deviennent de plus en plus complexes, le fait que Jean Moulin fut membre du cabinet du radical-socialiste Pierre Cot dans le gouvernement du Front populaire, est à peine signalé. Tout comme il n'est jamais fait mention du rôle des communistes dans la construction de la Résistance, alors même que le PCF appela le peuple français à entrer en lutte contre l'occupant et les collaborateurs dès juin 1940. Des omissions qui viennent gâcher la qualité de la réalisation. Et rappellent que fiction et histoire ne font pas toujours bon ménage.
Laurent Mouloud
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