médias » presse

12 mai 2005 - gazette avignon


Mémoires d'un tricheur


Lorsqu'un texte brillant de subtilité est mis entre les mains d'un monstre du théâtre, devinez ce qu'il se passe ? Un spectacle hors du commun qui se joue actuellement au Théâtre des Mathurins.

Le pari était pourtant osé pour Francis Huster : mettre en scène le chef d'œuvre de Sacha Guitry "Mémoire d'un tricheur" ne semblait pas de tout repos. Et pourtant, c'est avec talent que le célèbre comédien français, professeur à la Comédie Française, s'illustre chaque soir au Théâtre des Mathurins. Dans le décor luxueux d'un hall d'hôtel, Francis Huster enfile brillamment le costume d'un ancien tricheur, qui nous délivre ses mémoires. Le jeu et la légèreté sont au centre de la confidence. Dès les premières minutes, Francis Huster s'empare du texte de Sacha Guitry, et nous entraîne à cent pour cent dans les péripéties de son personnage. Le texte est sublimé par sa performance. Francis Huster anime le tricheur d'une manière exceptionnelle, et révèle son immense talent de comédien. Tous les péchés, les immoralités commises par le personnage sont comme pardonnés devant tant de charme et de charisme. L'interprétation de Guitry par Huster est un véritable délice. Le comédien, dont la notoriété n'est plus à faire, se surpasse sur scène. Il s'approprie parfaitement le texte, le stimule par une mise en scène énergique.

Notons également la performance d'Yves Le Moign' en maître d'hôtel avisé, qui accompagne le tricheur dans la confession de ses mémoires. Il brise à plusieurs reprises le long monologue du trompeur, afin de dynamiser la pièce en apportant souffle au récit.

Le texte est quant à lui admirable. A la fois léger et cynique, Sacha Guitry nous offre le portrait d'un homme au destin mouvementé, à contre-courant des règles établies. S'amuser, ne compter sur personne, telle est la morale du texte. Francis Huster restitue parfaitement cet engouement pour le jeu, l'argent et les femmes. Totalement investi dans son personnage, le comédien et metteur en scène laisse, toutefois, les mots de la fin au père du récit. Sacha Guitry adapte son roman au cinéma en 1936. Le film est adoré des plus grands. Il faut maintenant compter avec l'adaptation théâtrale. Francis Huster en a fait un remarquable spectacle.

Émilie Prud'homme

revenir aux articles