Francis Huster ressuscite Guitry
Pour notre plus grand bonheur, Francis Huster adapte au théâtre "Mémoires d’un tricheur" de Sacha Guitry. Avant son passage sur la scène des Palais des Congrès de la Grande Motte, le dimanche 11 février, il répond aux questions d’En Scènes Montpellier.
Qu’est ce qui vous a incité à mettre en scène Mémoires d’un tricheur de Sacha Guitry ?
Je voulais absolument rendre hommage à Sacha Guitry pour le cinquantième anniversaire de sa mort. Je me demandais si je mettais en scène une de ses pièces ou si j’en créais une. Mais il y a trente ans Truffaut m’avait parlé de Mémoires d’un tricheur. J’ai donc repensé à Truffaut et aux éloges qu’il m’avait fait de cette pièce. Et comme Jean-Louis Livi, le directeur du théâtre Édouard XVII, où se sont jouées les trente premières représentations, était l’impresario de Truffaut, il a donc de suite été emballé par l’idée.
Comment avez-vous travaillé la mise en scène ?
Je voulais un très beau décor pour faire revivre cette époque des années 30. Différent de celui de La peste, où il fallait retranscrire le temps de la mort, de la peur. Je ne voulais pas que ce soit un one man show, c’est pour cela que j’ai choisi de jouer avec un autre comédien, Yves Le Moign qui incarne parfaitement cette époque. Il était important de respecter le livre pour que mon personnage soit vraiment au plus proche de Sacha Guitry, qu’il y ait une véritable ressemblance. Cet homme écrit chaque jour ses mémoires. Il vient boire un coup dans un bar et raconte sa vie aux spectateurs.
Nous avons été surpris par le succès de la pièce. Elle était prévue initialement pour trente représentations et nous jouerons au mois de juin la cinq-centième. C’est un vrai bonheur d’être sur scène tous les soirs, d’autant que personne n’avait encore mis cette pièce en scène.
Donner la réplique à Yves Le Moign, était-ce pour vous une des conditions pour monter cette pièce ?
Oui. Je voulais retrouver le ton des acteurs de cette époque. Il est parfait dans ce rôle, car il est très théâtral. Je n’ai pas cherché à imiter Guitry mais à le faire revivre. J’ai étudié ses gestes, son jeu, son débit de paroles pour retrouver ce qu’il était vraiment. Finalement, Guitry est plus proche de Coluche ou de Djamel Debbouze que de Marivaux. Il y a, je crois, le Guitry classique qui est connu dans le monde entier et Sacha le comédien hors pair.
Pourquoi avoir choisi d’être à la fois metteur en scène et interprète ?
C’était une attitude par rapport à l’auteur. Guitry a écrit, mis en scène et joué cet œuvre. Je me devais de faire pareil. C’est différent de Claudel par exemple que l’on joue ou que l’on met en scène. Guitry est un auteur qui exige d’être des deux côtés comme Molière, Shakespeare ou Beaumarchais. On ne peut pas dissocier la mise en scène et le jeu.
Que vous évoque Sacha Guitry ?
Une époque qui ressemble de plus en plus à la notre. Dans les années 30, on avait un désir de vie effréné même si l’on sentait la guerre et l’horreur approcher. On se retrouve aujourd’hui dans la même situation, par la folie des hommes. Mais c’est différent car nos parents ne savaient pas ce qui allait se passer, alors que nous nous savons que ça recommence. Mais Guitry au-delà de l’ivresse de la comédie est un vrai auteur comme Pagnol.
Aimeriez-vous mettre en scène d’autres pièces de Sacha Guitry ?
Oui. Le diable boiteux film adapté de sa pièce Talleyran. Parce que c’est une pièce peu connue avec une vertu incomparable. Je la mettrai en scène très certainement un jour.
Et quels sont vos projets après la dernière de Mémoires d’un tricheur au mois de juin à Lyon ?
Je viens de tourner Le vrai coupable un film pour TF1, qui est d’ailleurs en sélection officielle au festival de Luchon les 7 et 8 février. J’ai d’autres projets comme metteur en scène au cinéma et au théâtre. Puis en 2008, un gros projet théâtral avec la création d’une pièce sur Molière. Je tiendrai d’ailleurs en parallèle à Mémoires d’un tricheur une trentaine de conférences à ce sujet qui débuteront le 17 mars à Orléans.
Aurélie Guarderas
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