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10 juillet 2004 - l'humanité


Huster-Keller veut casser son image


"Je pensais que Francis Huster était quelqu'un de rigide, et sans humour. Je me suis complètement trompée : c'est un enfant, qui aime qu'on le secoue, qu'on lui rentre dans le lard. Il ne ménage personne. C'est quelqu'un d'extrêmement vivant." Cette réflexion songeuse, Francis Huster la doit à sa coéquipière dans Zodiaque, Claire Keim. Les acteurs, le réalisateur, les scénaristes du feuilleton de l'été de TF1 sont unanimes : sans Huster, et son expérience, le tournage aurait sans doute été à la fois moins ludique, et moins professionnel.

Huster est un habitué de la télévision. Il n'a pas ce tabou, récurrent chez les acteurs de cinéma et de théâtre, par rapport à cet objet visuel. Des fameuses Dames de la côte de Nina Companeez, en passant par la série le Grand Patron, Jean Moulin ou la saga Terre indigo, il joue avec tous les genres. Lors de la conférence de presse de présentation de Zodiaque, Francis Huster relevait qu'il a eu de la chance " depuis trente ans, de faire partie tous les cinq ans environ, de sept grands feuilletons de l'été ". Il précisait : " Interpréter un rôle dans une série n'est pas du tout le même métier qu'interpréter un rôle dans une fiction unique, ou un personnage récurrent. Un feuilleton, si c'est réussi, il vaut mieux laisser passer quatre ou cinq ans avant d'en refaire un, parce que les gens n'y croiraient pas, on est trop marqué. Quand on joue un récurrent, il faut être le personnage, on ne peut pas tricher sur soixante épisodes. La fiction, c'est autre chose, c'est un travail de composition, presque théâtral. Certains rôles marquent tellement l'inconscient des téléspectateurs, qu'il est difficile d'en tourner plus, à moins de se décrédibiliser. " Le comédien avoue un coup de foudre pour le scénario. Un coup de foudre teinté de peur : " J'ai eu très peur : chaque acteur ayant un morceau à défendre, comment allions-nous défendre ça ensemble ?" Il avoue avoir été rassuré seulement au début du tournage.

" La télévision, c'est l'avenir ", jugeait-il en février dernier dans le Figaro. Elle a une puissance incroyable, et j'ai envie d'être de l'aventure. Il faut sortir de cette idée que la télévision est le Poulidor du cinéma (...) la situation s'est nivelée, et les téléfilms sont de plus en plus performants. Et puis à la télé, il faut sans cesse progresser, prendre des risques. " Avec Zodiaque, l'acteur a justement voulu " casser (s)on image, passer du personnage de vieux quadra romantique à autre chose. Je doute toujours, comme un acteur".

Antoine Keller, le héros que Francis Huster incarne dans Zodiaque, " est un contre-emploi total par rapport aux rôles romantiques. Je suis descendu d'une tonalité de voix " ?. " Un personnage énigmatique, qui ne cesse de se tromper. Ce type est quelqu'un qui n'est pas à sa place, quelqu'un d'extrêmement dur. " Il s'avoue d'ailleurs des points communs avec Keller : " les femmes, il est à part, il est extrêmement rancunier".

Bref : Huster aime la télévision, et la télévision le lui rend bien. " Pour moi, il n'y a aucune différence entre cinéma et télévision. La seule différence est au niveau de l'écran : il y a une écriture visuelle et scénaristique propre au grand écran de cinéma. L'écriture du cinéma est au service du metteur en scène et de l'auteur, alors que l'écriture de télévision est au service des personnages et des acteurs. Le crédit que je donne à la télé, c'est qu'elle jour franc-jeu.

Claire Keim lui rend un hommage très frais : " Huster est complètement en phase avec ses rêves d'enfant. Il ressent énormément les gens, leurs émotions. En fait, je me demande s'il n'est pas un médium qui se cache dans le corps d'un sociétaire de la Comédie-Française...".

Caroline Constant

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