« Mémoires d'un tricheur »
Charmeur, sensible, jeune premier impeccable à ses débuts et aujourd’hui acteur incontournable du cinéma français, Francis Huster fait partie de ces comédiens considérant le théâtre comme la quintessence même de leur pratique artistique. Dans «Mémoires d’un tricheur», il fait montre une fois encore de sa présence, de son charisme et de son grand talent.
Voici quelques années, on s’en souvient, Francis Huster nous gratifiait d’un solo d’acteur époustouflant, maîtrisé de bout en bout, l’adaptation scénique de «La Peste», roman sans doute le plus fameux d’Albert Camus.
Il y campait, deux bonnes heures durant,
plusieurs dizaines de personnages, avec une fluidité, une aisance et semble-t-il un bonheur tout à fait saisissants.
Car si elle aime le théâtre pour la possibilité de partage et de complicité avec des partenaires que celui-ci propose, la star goûte aussi, en effet, dès qu’elle le peut et dès qu’elle le veut, le plaisir d’être seule en scène, en un rapport certainement très particulier avec le public.
Huster revient ces temps-ci, après l’avoir présenté à Paris, avec un nouveau tour de force «monologuiste», une pièce tirée d’un merveilleux petit roman de Sacha Guitry, «Le roman d’un tricheur», publié en 1936.
L’histoire d’une vie peu banale s’il en est vraiment, celle d’un personnage qui choisit, enfant, de baser sa vie et de fonder sa réussite sur le mensonge et la dissimulation, après avoir été, à l’aube de ses 10 ans, seul rescapé d’une omelette aux champignons vénéneux, repas dont il avait été exclu pour cause de chapardage.
Un conte à la morale ambiguë, à la logique implacable et décalée, aux rebondissements farfelus et au verbe, comme toujours chez Guitry, à la hauteur de la réputation du personnage.
Dans l’adaptation pour les planches qu’il fait de cette fable truculente et par l’interprétation fine et forte qu’il en donne, Francis Huster se montre lui aussi fidèle à ce qu’on peut attendre de lui. Il se dégage de l’artiste l’aura de ceux qui sont à leurs places. Serein, calme et posé, il donne ici toute la mesure de ses capacités d’acteurs et apparaît, indubitablement, comme l’un des plus grands passeurs de mots de notre époque.
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