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8 octobre 2006 - que faire


Le coup de poker de Francis Huster


«Je ne peux pas me passer du théâtre et j’espère qu’un jour, on dira de moi "Ah, enfin un comédien qui ne joue pas mais qui est !" »

Malgré son statut de vedette récurrente de la télévision, le théâtre reste aux premières loges des préoccupations de Francis Huster.

Il n’hésite pas à dire qu’il joue son « banco » en remontant sur les planches avec sa propre adaptation de l’oeuvre de Sacha Guitry « Le Roman d’un tricheur ». Pourquoi ce désir de monter Guitry ? « Pour que l’on découvre enfin qu’il appartient à une lignée d’artistes aussi fondamentaux que sont Molière et Chaplin » s’emballe Huster… Le comédien aime beaucoup Guitry, un auteur dont il avait déjà interprété il y a une dizaine d’années « Faisons un rêve ».

Avec à son actif une bonne centaine de pièces fringantes qu’il interprétait souvent lui-même, Sacha Guitry s’est forgé une réputation d’amuseur léger, voire superficiel. Avec ce monologue étincelant, acide et immoral qu’il écrit en 1934, le dramaturge signe un texte plus sombre qu’à l’accoutumée.Guitry en tirera un film en 1936 sous le titre « Roman d’un tricheur », une oeuvre qui enchantera Orson Welles et François Truffaut.

Le héros du « Roman d’un tricheur » commence par voler huit sous dans la caisse de l’épicerie familiale. A cause de ce vol, il est privé de champignons. A cause de ces champignons (vénéneux !), il devient orphelin… D’où il se bâtit une philosophie de la tricherie : « J’étais vivant parce que j’avais volé. De là à en conclure que les autres étaient morts parce qu’ils étaient honnêtes… » Ainsi devient-il chenapan.Seul au monde, il est tour à tour groom dans un grand hôtel, puis croupier à Monaco. Il grimpe vite dans l’échelle sociale, grâce aux femmes et au jeu, quitte à tricher avec les deux, avec pour seul credo, «être riche, ce n’est pas avoir de l’argent, c’est de le dépenser».

Et il trichera jusqu’au jour où un homme lui fera changer d’avis.

Quand Huster incarne Guitry.

«Mémoires d’un tricheur» est un texte plus singulier qu’il n’y paraît à travers lequel Guitry nous livre sa vision narquoise et tranchante du monde.

En y faisant l’apologie du jeu pour le jeu, c’est d’égocentrisme, de suicide et de mort qu’il nous parle. « La folie des joueurs précise Huster, c’est de croire qu’ils peuvent gagner sur le hasard, qu’ils peuvent être, de ce fait, maîtres du monde ». Mais l’œuvre retentit d’un écho touchant, presque pathétique. On sent chez son tricheur de l’insolence mais aussi une désarmante fragilité. Sous la désinvolture, une blessure.

Il fallait un comédien vif, incisif pour se glisser dans cette prose ; charmant et charmeur sans jamais imiter son glorieux modèle.

Joueur, Francis Huster l’est mais ne veut pas chercher les rires à tout prix.

Il ne possède pas la voix inimitable de Guitry mais ne cherche pas à le copier. «Il faut oser dire Guitry sans chercher le brio, l’effet» assène-t-il. En veston rayé, pantalon blanc, cheveux gominés lissés en arrière, le comédien se présente au public, simple, sobre, souvent émouvant, toujours séduisant. S’y ajoute une scénographie intelligente grâce à laquelle Huster ne livre pas à un one-man show, mais évolue avec bonheur donnant la réplique à Yves Le Moign’ dans un décor somptueux de bar hôtel très années 30 signé Nicolas Sire. Soigné... Jusqu’aux boutons de porte ! Servie par un Francis Huster passionné, cette histoire sarcastique et pleine d’esprit, entre drôlerie et gravité, est un spectacle réussi et léché. Un vrai plaisir.

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