Traces de Mémoires sans sillons
Francis Huster en honnête tricheur au Plessis-Macé. Après la « Java des mémoires », le château du Plessis-Macé accueillait, dimanche, dans le cadre du Festival d'Anjou la première de « Mémoires d'un tricheur ». Une pièce adaptée de l'oeuvre de Sacha Guitry, pour, par, avec et de Francis Huster. Une composition honnête qui ne laisse pas de souvenirs.
C'est à peine sorti d'une Matinale à Paris, au théâtre des Mathurins, que Francis Huster a dû se réemployer dans son rôle de tricheur de Guitry, dimanche au Plessis-Macé. Rien de très exceptionnel pour ce marathonien des planches et des séries TV qui, en plus des deux représentations des « Mémoires d'un tricheur », proposait aux festivaliers une rencontre avec Philippe Tesson et un spectacle conférence autour de Guitry. L'usure ne se fit pas sentir, en effet, pendant cette heure et demie de monologue, entrecoupée ça et là par les interventions du majordome Yves Le Moign'.
Un hôtel cosy, calme et au charme début de siècle dessine l'espace de jeu d'un personnage narrant toute sa vie, de sa naissance en 1882 jusqu'à ce jour d'exposition, en février 1936. Une vie qui tient du miracle (le petit, privé de champignons pour un vol de quelques sous, échappera à l'hécatombe familiale), nourrie de petits métiers (groom, chasseurs) et de sept années de tricherie au jeu. Francis Huster ne badine pas avec l'existence qu'il raconte : il interpelle le public pour expliquer, imite les voix des multiples rencontres qui l'ont rythmée et se démène pour occuper la vaste scène de ses gentilles débauches.
Si la partie liminaire des « Mémoires d'un tricheur » ne manque pas de piquant et d'une certaine fraîcheur (on sait l'humour de Guitry corrosif, léger et décalé), le développement finit par lasser. Ce n'est pas tant le jeu enthousiaste et le maîtrise du comédien qui sont ici en cause, mais bien l'histoire qui tombe rapidement dans une certaine routine. Naissance et splendeur du rocher monégasque, tactiques de tricheurs, dépucelage et conquêtes forment un tableau narratif au déroulement convenu et à l'interactivité décroissante. On peine à reconnaître dans cette suite de temps figés des sensations et des sentiments qui nous eussent fait adopter ce tricheur mignon et propret. Nul besoin de sept ans de réflexion pour se lasser de ces sept ans de malversations !
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