Devoir de résistance
Six mois après France 2, TF1 diffuse sa version de Jean Moulin. Romanesque et convainquant.
Six mois après s'être fait couper l'herbe sous le pied par France 2, TF1 diffuse, ce soir, la première partie de " son " Jean Moulin. Sur le fond, cette deuxième version, réalisée par Pierre Aknine, diffère peu ou prou de celle proposée par la chaîne publique. Elle couvre la même période - de l'arrivée des troupes allemandes à Chartres en juin 1940 jusqu'à la mort du préfet d'Eure-et-Loir en 1943 - et s'accorde à reconnaître en Hardy le responsable de la fameuse arrestation de Caluire. Sur la forme, en revanche, ce Jean Moulin-là, joué par un Francis Huster très convainquant, possède une dimension romanesque, pour ne pas dire romancée, bien plus appuyée.
Pierre Aknine pousse le bouchon de la fiction un peu plus loin que ne l'avait fait Yves Boisset sur France 2, en utilisant, par exemple, le personnage d'Alice comme incarnation de la jeunesse résistante, ou encore en donnant une place de choix - sûrement exagérée - à la relation amoureuse qu'entretenait Gilberte avec Jean Moulin. Ces accommodements avec l'histoire, imposés par la fiction, ne jouent pas en défaveur du téléfilm. Et même s'il reste léger sur le plan didactique, le résultat final permet de rendre compte assez justement d'une période complexe. Du bureau de la préfecture de Chartres jusqu'à celui du général de Gaulle (joué par Jacques Boudet), à Londres, on suit pas à pas l'ancien préfet du Front populaire dans son entreprise d'unification des mouvements de la Résistance divisés, rechignant à se placer sous son autorité. Peu à peu, Max (nom de code de Moulin) s'enfonce dans la clandestinité. Jusqu'au dénouement final. Pierre Aknine ne reculant pas devant la mise en scène, nécessaire à ses yeux, de tortures d'une violence difficile à oublier.
Laurent Mouloud
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