Brève rencontre avec... Francis Huster : le hussard de Waterloo
La journée, Francis Huster monte son dernier film - « Un homme et son chien » -, avec Jean-Paul Belmondo. Le soir, l'ex-jeune premier joue « Waterloo » au Théâtre de la Gaîté- Montparnasse, un spectacle adapté de textes de Victor Hugo. Juste assez tôt pour ne pas rater les matchs de l'Euro.
Pourquoi ce spectacle sur Waterloo ?
J'ai trouvé qu'il y avait dans les textes de Hugo l'équivalent de ce qui se passe aujourd'hui, un choix à faire entre la république et la monarchie. Entre Bonaparte et Napoléon, Hugo avait choisi Bonaparte. Pour moi, Hugo n'est ni un écrivain ni un poète, c'est un homme politique, comme Molière n'était ni un auteur dramatique ni un comédien, mais essentiellement un politique. Hugo n'est pas un vieillard à barbe blanche; c'est un révolutionnaire. Comme Shakespeare, il a du souffle. Il est limpide, humain, va à l'essentiel, ne traîne pas. Cette parole-là nous manque.
Vous croyez une guerre possible ?
Pour moi, nous sommes à la fin des années trente. La guerre est là. Je ne vois pour l'empêcher qu'une épidémie, l'explosion d'une centrale nucléaire, une catastrophe qui réveillera la solidarité humaine.
Un one-man-show, est-ce du théâtre ?
Bien sûr. Il y a plus de vingt ans, à la sortie de mon premier show, Jean-Louis Barrault m'avait donné un coup de pied au cul en me disant [il prend la voix nasillarde de Barrault] : « Tu te déshonores. » Mais dire un grand texte, c'est réciter un long monologue, comme celui d'Harpagon ou d'Hamlet. La différence, c'est que le comédien est plus exposé. Deux acteurs différents dans la même pièce avec la même mise en scène, le public n'y voit que du feu. Mais le même one-man-show par deux acteurs différents, ce n'est pas du tout le même spectacle. Le public n'est pas dupe. Il n'y a pas la distanciation. Le one-man-show, c'est un marathon. Il faut tenir la distance, être dans le bon rythme. Guy Bedos est un génie du rythme, Raymond Devos était un extraordinaire showman.
Vous avez décidé de vous consacrer au cinéma ?
Je rêve d'être le Clint Eastwood français, un vieux jeune premier de western, un ex-inspecteur Dirty Harry qui tout d'un coup, alors que tout le monde se foutait de sa gueule, se met à faire des films à la John Huston. Je me sens mûr pour faire une dizaine de films. Je vais essayer de diriger des acteurs d'une certaine façon, comme je viens de le faire avec Belmondo. L'erreur de beaucoup de metteurs en scène est d'indiquer à un acteur comment il doit dire une réplique et non pas pourquoi le personnage la dit. Le public d'aujourd'hui comprend que ceux qui jouent vrai sont ceux qui ne jouent pas.
C'est la différence avec le foot. Au foot il faut jouer ?
Le foot, c'est comme le cinéma. Tu dépends des autres. Sans la bonne passe, tu ne fais rien. Au cinéma, la caméra, la lumière, le son peuvent jouer en faveur ou en défaveur du comédien. Ils jouent à sa place. Au théâtre, c'est le contraire. Un acteur dans un mauvais décor, des costumes pourris, une mise en scène ratée, peut être Edith Piaf. En cinquante ans de cinéma on peut espérer, au mieux, trois ou quatre grands rôles. Au théâtre, dix ou quinze, et infiniment plus beaux. Le théâtre, c'est un artisanat tant que tu sais ce que tu fais, un art quand tu ne le sais plus, quand ça te dépasse, que tu sors des trucs insensés. Le cinéma est un métier fulgurant, fugace et déshonorant dans le sens où il n'y a pas d'honneur au cinéma. Même après des films magnifiques, on peut être jeté comme un Kleenex. Comme Paul Newman, Brando ou Fonda.
Jean-Jacques Chiquelin
|