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2 avril 2005 - le figaro


Le banco de Francis Huster


Il joue et met en scène «Mémoires d'un tricheur» de Sacha Guitry aux Mathurins.

Cet été il retrouvera son personnage de policier dans une suite de Zodiaque, le feuilleton estival de TF 1 qui a fait bondir l'Audimat. Plus tard il tournera une série Le Juge avec Vincent Perez, il rêve à une version télévisée de Docteur Jekyll et Mr. Hyde et il a en tête un travail sur Camus. Francis Huster enchaîne les tournages à la télévision mais ce serait mal le connaître de croire qu'il n'a pas d'autres projets en tête. Francis est une sorte de Cocotte-Minute. Il a toujours cent idées en préparation. Le théâtre est aux premières loges de ses préoccupations. «J'ai un compte à régler comme acteur et comme metteur en scène.» Il a choisi de mettre en scène et jouer Mémoires d'un tricheur de Guitry. On connaît le premier chapitre de ce livre que l'auteur porta à l'écran sous le titre de Roman d'un tricheur et qu'adorait François Truffaut. Un gamin vole huit sous. Puni par son père, privé de champignons, il est le seul survivant d'une famille empoisonnée par l'ingestion de ces fameux champignons révélés vénéneux. Il s'enfuit, devient groom, croupier...

La suite, sur la scène des Mathurins où Francis Huster a commandé à Nicolas Sire un décor, important, luxueux, qui respecte l'époque au moindre bouton de porte. «J'ai eu tout ce que j'ai voulu. Je présente un spectacle conçu de A à Z sans le moindre faux pas, la moindre économie de bouts de chandelle. Je ne pourrais m'en prendre qu'à moi-même si le spectateur n'est pas satisfait.» Huster se souvient que les Pitoëff ont fait rêver le public sur cette même scène. «Je fais le pari de proposer du théâtre. Par ce travail je fais la guerre aux spectacles à un seul comédien qui se multiplient aujourd'hui. A côté des Palmade, Gad Elmaleh et les autres, il faut proposer de vrais et beaux spectacles. Le théâtre est à un croisement. Le music-hall paralyse le théâtre. Ne laissons pas les one-man-show envahir nos scènes.»

Francis Huster aime lancer des croisades. Il a toujours un but. On l'a connu voulant diriger un théâtre, réaliser un film, écrire une pièce, administrer la Comédie-Française, acheter un théâtre... Ce n'est pas une blague. Il aime l'idée d'entreprendre. Entre-temps il a quand même trouvé le temps de tomber amoureux de Cristiana Reali et d'être le père de deux ravissantes fillettes, Elisa et Toscana, fines, blondes, les yeux couleur du ciel. Deux beautés qu'il a rangées dans son portefeuille comme le père affectueux qu'il est. Il passe d'un rêve à l'autre, d'un statut à l'autre, à ne plus savoir où donner de la tête. Heureusement, il est comédien et peut jouer pour de vrai... Aujourd'hui, il fait les doux yeux aux Mathurins qu'il rachèterait bien un jour si l'occasion se présente, et retrouve un auteur, Guitry, qu'il connaît pour avoir interpréter Faisons un rêve, avec Cristiana Reali il y a dix ans au Théâtre Marigny.

Un auteur qu'Antoine Vitez voulait lui faire jouer, Désiré. Un auteur dont il a choisi un texte singulier. «Guitry traite du jeu dans le jeu comme Pirandello. Il a l'esprit mordant de Bernard Shaw, l'insolence impudique d'Oscar Wilde et il réfléchit sur le temps qui passe comme Tchekhov. Le jouer c'est sauter d'un registre à l'autre. C'est du jeu à l'état pur.» Joueur, Francis Huster l'est, ravi de partager avec Yves Le Moign' une affiche où il rêve d'approcher le jeu idéal. «Cette interprétation consiste à refuser les acquis. Il faut oser dire Guitry sans chercher le brio, l'effet. C'est un pari.» A nos fauteuils, rien ne va plus... Banco !

Marion Thébaud

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